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Le Chat de Phoebe




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Le blog des Bundy en Guyane

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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 00:52

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Le livre :

Arthur revient en France, d'abord à Marseille où il est amputé d'une jambe à cause d'un cancer, puis dans les Ardennes, auprès de sa mère et de sa soeur, Isabelle. Sa vie arrive à son terme. Le cancer est bien là, l'amputation n'aura servi qu'à permettre ce retour. Le moignon ne cicatrise pas. Les souffrances, l'ennui, le rejet de cette terre hostile, de cette mère hostile et puis la douceur, l'écoute, la compréhension de cette soeur dévouée qui croit en lui, qui l'accepte envers et contre tout, parce qu'elle l'aime, parce qu'elle l'admire, parce que sans doute, il la fait rêver, ce frère prodige.

Ce que j'en ai pensé :

Sous la forme d'un journal intime écrit par Isabelle, la soeur d'Arthur, Besson nous raconte le  retour d'Arthur, qui  s'achève avec l'enterrement d'Arthur. Comme dans Se résoudre aux adieux, Besson aura choisi une femme comme narrateur. Un choix qui lui permet une sensibilité, une lucidité qui n'enlève rien à l'amour.

J'ai relevé trois grands axes de lecture : une vision de la fin d'Arthur Rimbaud, puisqu'il s'agit de cet Arthur là, le retour aux sources envers et contre tout dans les Ardennes qui sont à l'image de la mère, hostiles, enfin, l'amour de cette soeur, un amour sans condition.

Philippe Besson, grâce à la documentation et les recherches minutieuses de Jean Jacques Lefrère sur la vie de Rimbaud, et surtout les derniers instants de sa vie, réussit à imaginer, à recréer ce qu'aurait pu être ce rapport entre le frère et la soeur, comment elle vit le retour de celui qu'elle a tant attendu, alors que ce dernier est au seuil de sa mort.

Je ne peux m'empêcher de penser à Schmitt et La part de l'autre, où après avoir mené une enquête minutieuse sur Hitler, il avait choisi de confronter, ce que ce dernier avait été, à ce qu'il avait imaginé que celui-ci aurait pu être si Hitler avait été accepté aux beaux arts.
Je fais ce parallèle, sur l'idée d'imaginer un possible sur la vie de personnages historiques. Imaginer la fin de vie de Rimbaud à travers les yeux de sa soeur, Isabelle, au moment où il revient en France, après ses aventures africaines.

Ce livre est plein de sensibilité, il parle de Rimbaud autrement, de Rimbaud comme d'un nous potentiel.
En lisant ce livre, je me suis dit que Besson avait dû aussi prendre modèle sur les accompagnements vers la mort, aussi appelés soins palliatifs.
Arthur parle de sa vie à Isabelle, il voudrait, à mon sens, qu'elle comprenne, que quelqu'un comprenne ce qu'il est. De son viol par les communards, de son goût pour les hommes, de ce qu'il a trouvé en Afrique, de ce qui l'a poussé à fuir les ardennes ... le rejet de cette terre hostile, froide ... à l'image de la mère. Il aurait voulu qu'une personne au moins sache, soit le témoin de ce qu'il a été, comme chacun de nous le souhaiterait, que la vérité soit dite au moins une fois.

Et puis, finalement, est-ce vraiment Arthur, l'important, dans ce livre ? N'est-ce pas plutôt cette soeur, laissée là, dans les mains d'une mère marâtre, dans une vie d'attente, de l'attente de ce frère qu'elle admire, dont elle espère tant, et surtout la vie, les histoires de vie ?
Elle a sacrifié sa vie, parce qu'elle n'a pas su faire autrement, parce que personne ne lui a montré le chemin. Le retour du frère prodigue, le commencement du journal à cet instant, c'est comme si la vie reprenait espoir en elle, avec le retour du frère. On devine la douceur d'une mère avec lui. Celle qui patiente, écoute, accepte tout, pour accéder à ce frère tant attendu.
Un livre sur l'amour d'une soeur pour son frère aîné, un amour sans condition, si ce n'est celui d'exister, de comprendre l'autre, sans jugement. Un amour qui se veut témoin de ce qu'il a été, sans mensonge, sans excès, juste dire ce qui est.
La lucidité d'Isabelle, son amour, sa compréhension, son dévouement pour son frère, fait d'elle la mémoire d' Arthur, puisqu'à elle, il dira tout.

Et puis comment ne pas parler de cette fuite des Ardennes vers l'Afrique. Fuir la froidure de cette terre hostile, qu'il déteste, qui le tue, dont il se sent prisonnier. Cette terre qui est tellement sa mère, tellement à l'image de sa mère. Une terre sans coeur, sans reconnaissance, dur, transperçante, meurtrière. L'opposition avec les chaleurs africaines, les rencontres, les marques d'amour. Et comme le dit si bien Isabelle à la fin, on retourne toujours à la source, qu'on le veuille ou non. Arthur jusqu'au bout aura fui, fui dans la vie, et fui dans la mort aussi, puisqu'il ira mourir à Marseille, au plus près de l'Afrique et au plus loin des Ardennes, mais qu'il reviendra à la terre qui l'a vu naître, parce que, quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, on n'échappe pas à la source.

Un livre d'une grande sensibilité, jamais pathétique. J'y ai retrouvé le même ton que dans Se résoudre aux adieux.
Une question m'interroge, pourquoi Philippe Besson se met dans la peau d'une femme dans ses narrations ?

Citations :
    - Dans notre famille, les hommes ne restent pas. Vrai, quand on y songe, ils n'ont jamais rien fait d'autre que s'éloigner, prendre le large, et s'affranchir de nous, les femmes, condamnées à demeurer au pays, reliées à la terre. Je n'ai cessé de me demander d'où ils tenaient cette attirance pour d'autres ciels, alors que le ciel est le même partout.

     - Il faut arranger nos souvenirs. Sans ça, la vie n'est pas supportable.

     - Mais s'il tourne le plus petit événement en dérision, n'est-ce pas parce que l'ironie est le seul moyen à sa disposition pour tenir à distance la Faucheuse qu'il aperçoit peut-être, la nuit, dans le repli des rideaux de sa chambre ? En tout cas, cet optimisme dérangeant qu'il nous impose réussirait par instants à nous faire oublier qu'on veille un malade dont la rémission est loin d'être acquise. La bonne nouvelle, c'est qu'il met un peu de lumière et de chaleur dans notre maison, habituellement sombre et froide. Il est un peu de ce soleil qui, d'ordinaire, ne parvient pas à traverser les carreaux, de ce blanc et bleu du ciel qui devient immanquablement gris sur notre carrelage, de cette douceur du dehors qui se transforme en humidité dès le pas de notre porte franchi.

     - Je regrette les mots que j'ai inscrits hier dans ce journal. Pour autant, je ne les efface pas. Ces mots, c'est moi aussi. Cette affreuse aigreur, je l'ai réellement ressentie. Il ne serait pas honnête de le nier. Le mal est en chacun de nous, voilà ce que je crois. Et il nous faut le combattre, à chaque instant, sans relâche. Car c'est seulement ainsi qu'on gagne sa place au paradis.

     - Il est resté trop longtemps seul avec son secret, avec gravité. Il a laissé le secret grandir puisqu'il ne l'avait pas tué en croyant le dévoiler. Il a laissé la tumeur grossir au-dedans de lui. Maintenant, il lui faut s'en délester, et se dresser sur ses propres décombres.

     - Ce n'est pas facile de partir, parce que ce n'est pas naturel. Partir, c'est un arrachement, une manière d'amputation. Rompre, c'est une violence. Dans l'expatriation, on perd nécessairement une part de soi.

    
- MOI, je ne voudrais pas que cela s'achève ainsi, dans ce mutisme partagé. Je voudrais qu'il y ait des pleurs, des paroles tremblantes, des encouragements, des mains qui se tiennent, des regards qui ne se quittent pas, des cris étouffés, un déchirement, mais non : il n'y a que le silence. Une dernière fois.

     - Les hommes ont logiquement constitué la compagnie décisive de son existence. A seize ans, il ne savait rien ou presque. Il se contentait de se sentir des attirances. Il était capable de les localiser. Cela l'a-t-il effrayé ? Moins que je ne le souhaiterais. A dix-sept ans, tout était joué : il avait découvert les étreintes innomables. Il avait appris les gestes inqualifiables. A la fin, comme pour mettre un peu de baume à mon coeur meurtri, il me dit : " Rassure-toi, je me suis bien mal arrangé de mon désir des hommes.".

     - Il a choisi tout de suite de conduire son existence à l'instinct, ne se fiant qu'au hasard, à l'envie du moment, à lui-même sans se préoccuper de donner un sens à son destin. Il s'est écarté des routes toutes tracées, il a emprunté des chemins de traverse, au gré de ses désirs ou de ses colères. S'il a cherché quelque chose, il n'a sans doute jamais su poser un nom sur l'objet de cette quête. En vérité, il n'a voulu que le soleil. Il part le rejoindre.




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Published by Simplement Cat - dans livres et citations
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Jean-Yves 10/06/2007 21:00

LES JOURS FRAGILES de Philippe BESSON UN HOMMAGE à ISABELLE RIMBAUDEn mai 1891, Arthur Rimbaud, surdoué scandaleux, après avoir brûlé sa vie en Afrique, est de retour chez lui, dans ses Ardennes natales, en mille morceaux - amputé d’une jambe, malade, gangrené, saignant de son moignon purulent, à bout de forces - après plus de dix ans d'exil en Afrique...

Simplement Cat 10/06/2007 21:12

je ne savais pas que tu avais écrit un article sur ce livre :Dj'ai beaucoup pensé à toi en le lisant ... à vrai dire, je peux bien l'avouer, j'ignorai qu'il s'agissait de rimbaud, je ne lis que rarement les quatrième de couvertures ... je me demandais au fil de ma lecture, pourquoi tout ramener à verlaine ... et d'un seul coup, je ne sais pourquoi, à quel moment je me dis, mais c'est bien sûr, arthur, arthur parce que rimbaud :D rha je te jure des fois ...je suis d'accord avec ce que tu écris.Cette soeur tellement dans sa foi, et qui pourtant veut dire la vérité, sur son frère chéribisous

Jean-Yves 10/06/2007 20:49

Une question m'interroge, pourquoi Philippe Besson se met dans la peau d'une femme dans ses narrations ?Extrait d'un interview de Philippe BESSON in Magazine Love Pirates n°4 avril-mai 2005---- Les jours fragiles, votre dernier roman est très étouffant...Philippe Besson : La fin de la vie de Rimbaud est une fin atroce, c'est l'agonie dans ce qu'elle peut avoir de pire, de douloureux, un être dans la souffrance accompagné pour le temps qu'il lui reste par sa sœur. Un être qui voit la fin de sa vie se profiler alors qu'il est un lutteur et un marcheur infatigable. Et d'un seul coup il est réduit à l'immobilité parce qu'on lui a coupé une jambe. C'est quelqu'un qui a toujours voulu l'exil et qui doit revenir à ses Ardennes natales qu'il a toujours détestées. Il y a donc une contradiction terrible à la fin de sa vie. Oui, il y a une chape de plomb qui pèse sur ce livre-là. En même temps, j'ai voulu en faire un livre tendre sur les relations entre deux êtres antinomiques qui vont se rapprocher, apprendre à s'écouter, gagner en humanité. J'aime beaucoup le thème de la fraternité.---- Vous êtes un passionné de Rimbaud...Philippe Besson : Oui, je suis un fou de Rimbaud, je l'ai lu très jeune, je le relis inlassablement. Mais au-delà de ça, la vie de Rimbaud m'a toujours passionné parce que c'est une vie de roman. Il est un personnage absolument romanesque. Prenons les choses à l'envers : si on imagine que Rimbaud n'a pas existé et que j'invente sa vie, l'éditeur me dira «Arrêtez, personne n'y croira!». C'est une vie qui est un défi au bon sens et à l'entendement. Tellement inconcevable, romanesque, que ça fait du bien de s'en servir comme un matériau pour un roman.---- Comment peut-on avoir l'idée d'écrire le faux journal intime de la sœur de Rimbaud ?Philippe Besson : Ce qui m'intéressait n'était pas tant de parler du Rimbaud adolescent et du poète fulgurant qu'on connaît, mais de l'être supplicié en fin de vie. Et j'aimais le fait que sa sœur était là quand il n'y avait plus personne. Je me suis donc demandé : « si elle avait écrit son journal intime à ce moment-là, qu'est-ce qu'elle aurait écrit ? ». J'aime beaucoup la forme du journal intime, qui permet une intimité qu'on ne livrerait pas dans d'autres circonstances. Ensuite, se mettre dans la peau d'une femme, trouver ses réflexes, ses gestes, ses modes de fonctionnement, de pensée, son esprit... Une femme de la fin du 19e siècle, vierge, coincée et de surcroît sœur de Rimbaud.... C'est très loin de moi, et je me suis dit : si j'y arrive c'est que je ne suis pas trop mauvais. En fait, j'ai l'impression d'écrire des livres comme les comédiens interprètent des rôles : je me mets dans la peau des personnages. Le but est que les gens y croient. Dans Son frère, j'avais déjà fait ça. Tout le monde est venu me voir en me disant « ça a dû être terrible, à la mort de votre frère... », alors que tout est faux, j'ai tout inventé, mon frère n'est pas mort, n'a jamais été malade de sa vie. Ces gens me prennent pour un monstre «mais comment peut-il écrire sur la mort de son frère avec des détails aussi précis alors que tout est faux !». J’adore ça ! La littérature c'est de l'imposture et j'adore être un imposteur. J'écris des livres pour mentir. Je ne vais pas écrire ma propre vie, ça ennuierait tout le monde ! J'ai envie de m'inventer d'autres vies, des situations...

Simplement Cat 10/06/2007 21:06

merci Jean Yves.en évoquant l'imposture de la littérature, je comprends ce qu'il veut dire ... comment faire comprendre aux gens que les histoires qu'écrit Blackevil (donc moi ;-) ) ne sont pas forcément des histoires que j'ai vécu ... même si dans ces histoires là il y a des bouts de vérité ... je ne sais pas si l'on peut se mettre vraiment dans la peau de l'autre sexe, dans la profondeur ... je m'en rends compte en ce moment, parce que je travaille sur un texte à quatre mains ... et cela me réserve bien des surprises :Dbisous et merci pour cet interview

bagheera 10/06/2007 14:54

analyse tres interessante de ce livre que je ne connais pas mais de cet auteur dont il va falloir que je me mette en quete ( besson ) tatn ce qu'il dit est pertinent, rimbaud m'a tj parlé, sa fuite est ce qu'il pouvait faired e mieux, on ne peut que fuir le malheur, ou nsubir son courrou, je voudrais etre lui pour fuir en abyssinie mais j'ai laissé passer trop de tps pour cela, j'aurais du ne pas etre serieuse quand j'avais 17 ans. Suivre les conseils de rimbaud. Vivre, quoi !

Simplement Cat 10/06/2007 14:59

non c'est faux, la fuite n'est pas la solution car ce que tu fuis te rattrape toujours la preuve .. il fuyait la froideur de sa mère et les ardennes ... c'est elle qui a décidé où il serait enterré, et donc dans les ardennes ...la solution c'est affronter ...peut-être que s'il avait affronté ... sa vie aurait été autre ...

Flo-Avril2 09/06/2007 12:56

Il a l'ai super bien ce livreBon weekend ma CatBisousFlo

Simplement Cat 09/06/2007 13:00

bisous Flobon week end à toi :0010:

keline 09/06/2007 11:55

il faut absolument que je le lise, ton article me le  laisse à penser. Sans compter que je connais très peu Rimbaud, sa vie , et que  j'ignorais les évènements marquants dont tu parles . bisous Cat

Simplement Cat 09/06/2007 12:01

c'est un livre assez court :D ... je connais très peu aussi la vie de rimbaud. Et j'ignorais qu'il était mort d'un cancer. Bisous

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