poèmes

Jeudi 12 mai 2005 4 12 05 2005 00:00

 

 

La peur au ventre.

 

Elle me suit comme une ombre
Faisant parti de moi-même
M'enveloppant
Me dévorant même

Elle est partout
Sous mes fenêtres
Derrière ma porte
Elle m'empêche de dormir
Je voudrais qu'elle me laisse
Je voudrais qu'elle m'oublie
Mais elle s'insinue dans mes rêves
Me réveillant sans cesse
La peur au ventre ne me laisse pas de répit
Elle se complait, s'amuse, se régénère
Je la crois partie
Elle ressurgit
Elle se plait au creux de mon ventre
Elle y a fait son nid.

Cat

Par cat
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Jeudi 12 mai 2005 4 12 05 2005 00:00

C'est beau d'avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un coeur continu,
Et d'avoir vu ses mains
Se poser sur le monde
Comme une pomme
Dans un jardin,
D'avoir aimé la terre,
La lune et le soleil
Comme des familiers
Qui n'ont pas leurs pareils,
Et d'avoir confié
Le monde à sa mémoire
Comme un clair cavalier
A sa monture noire,
D'avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d'errants continents,
Et d'avoir atteint l'âme
A petits coups de rame
Pour ne l'effaroucher
D'une brusque approchée.
C'est beau d'avoir connu
L'ombre sous le feuillage
Et d'avoir senti l'âge
Ramper sur le corps nu,
Accompagné la peine
Du sang noir dans les veines
Et doré son silence
De l'étoile Patience,
Et d'avoir tous ces mots
Qui bougent dans la tête
De choisir les moins beaux
Pour leur faire un peu fête,
D'avoir senti la vie
Hâtive et mal aimée
De l'avoir enfermée
Dans cette poésie.

 

Supervielle.
1946.

 

Photo de Cat.
Lac Hertel, Mont Saint Hilaire, Québec.

Par cat
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Vendredi 13 mai 2005 5 13 05 2005 00:00

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodigues
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.

 

Jacques Prévert.

 

Par cat
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Samedi 14 mai 2005 6 14 05 2005 00:00

Je l'aime bien, parce qu'elle a les yeux
Et les sourcils de couleur toute noire,
Le teint de rose et l'estomac d'ivoire,
L'haleine douce et le rire gracieux.

 

Je l'aime bien, pour son front spacieux,
Où l'amour tient le siège de sa gloire,
Pour sa féconde et sa riche mémoire
Et son esprit plus qu'autre industrieux.

 

Je l'aime bien parce qu'elle est humaine,
Parce qu'elle est de savoir toute pleine
Et que dans son coeur d'avarice n'est point.

 

Mais qui me fait l'aimer d'un amour telle,
C'est parce qu'elle me tient bien point
Et je dors quand je veux avec elle.

Olivier de Magny.
1529-1561.

 

Les amoureux de Peynet.

Par cat
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Lundi 16 mai 2005 1 16 05 2005 00:00

Cyril Collard.

 

"Le corps éclate en milliers de flocons si légers...
Mais ils se recollent de nouveau.
Ce corps est une boule compacte, dense.
Je pèse si lourd, ce matin, sur cette chaise orange
- Classeurs métalliques et dossiers empilés.

 

Me perdre peut-être dans un creux de matelas,
Dans un creux de ses bras ?

 

Etre le plomb fondu,
Le mercure...
Liquide solide flasque et dur.

 

Le traverser...ce matelas...
Sommeil à pas de géant."

 

 

Par cat
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Mercredi 18 mai 2005 3 18 05 2005 00:00

Un 'tit poème de Paul Eluard...pour finir cette journée particulière...


 

Ton rire est comme un tourbillon de feuilles mortes
Froissant l'air chaud, l'enveloppant, quand vient la
pluie.

Amer, tu annules toute tragédie,
Et ton souci d'être un homme, ton rire l'emporte.

 

Je voudrais t'enfermer avec ta vieille peine
Abandonnée, qui te tient si bien quitte,
Entre les murs nombreux, entre les ciels nombreux
De ma tristesse et de notre raison.

 

Là, tu retrouverais tant d'autres hommes,
Tant d'autres vies et tant d'espoir
Que tu serais forcé de voir
Et de te souvenir que tu as su mentir...

Ton rire est comme un tourbillon de feuilles mortes.

 

*

Le vent passe en les branches mortes
Comme ma pensée en les livres,
Et je suis là, sans voix, sans rien,
Et ma chambre s'emplit de ma fenêtre ouverte.

 

En promenades, en repos, en regards
Pour de l'ombre ou de la lumière
Ma vie s'en va, avec celle des autres.

 

Le soir vient, sans voix, sans rien.
Je reste là, me cherchant un désir, un plaisir ;
Et, vain, je n'ai qu'à m'étonner d'avoir eu à subir
Ma douleur, comme un peu de soleil dans l'eau froide.

 

Photo de Cat.
Mont Saint Hilaire. Québec.
Fin octobre 2000.

Par cat
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Jeudi 19 mai 2005 4 19 05 2005 00:00

 

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuies,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu'on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse ?

 

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

 

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exilés, s'en vont d'un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

 

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrête horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

 

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourrant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté ;
Mais de toi je n'implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !

 

Charles Baudelaire.
Les Fleurs du Mal.
"Spleen et Idéal".

 


 

Par cat
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Vendredi 20 mai 2005 5 20 05 2005 00:00

 

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère ?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'absence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre, sans doute.
O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps disposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos.

 

Par cat
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Mardi 24 mai 2005 2 24 05 2005 00:00

 

Ce matin, j'étais d'un cynisme...effrayant...dsl...
Je mets un poème d'Hugo...lui et moi, on n'est pas copain...ses romans sont de vrais tortures...il me l'a bien rendu...mais je trouve qu'il est un poete formidable...Je voulais le mettre depuis longtemps...c'est un beau poème...

 

 

Je ne me mets pas en peine
Du clocher ni de beffroi ;
Je ne sais rien de la reine,
Et je ne sais rien du roi ;

 

J'ignore, je le confesse,
Si le seigneur est hautain,
Si le curé dit la messe
En grec ou en latin,

 

S'il faut qu'on pleure ou qu'on danse,
Si les nids jasent entre eux ;
Mais sais-tu ce que je pense ?
C'est que je suis amoureux.

 

Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve ?
C'est au mouvement d'oiseau
De ton pied blanc qui se lève
Quand tu passes le ruisseau.

 

Et sais-tu ce qui me gêne ?
C'est qu'à travers l'horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.

 

Et sais-tu ce qui m'ennuie ?
C'est l'air charmant et vainqueur,
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon coeur.

 

Et sais-tu ce qui m'occupe,
Jeanne ? C'est que j'aime mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.

 

Le Hugo, il est vraiment romantique...Quelle belle déclaration, il lui fait, à sa Jeanne, qui se nomme en fait Juliette !


 

Par cat
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Vendredi 27 mai 2005 5 27 05 2005 00:00

 

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

 

Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux ! ...tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

 

Si, de tes lèvres avancées,
Tu te prépares, pour l'apaiser,
A l'habitant de mes pensées
La nourriture d'un baiser,

 

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de ne pas être,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas.

 

Paul Valery. Charmes.

 

J'aurais bien aimé l'avoir écrit ce joli poème...

Par cat
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