venez découvrir des mots et des textes...

Le film :
Julien vit seul dans son appartement parisien. Il collectionne les papillons. Elsa vit avec sa maman dans l'appartement au dessus de celui de Julien. Elle a 9 ans et sa maman, 25. Souvent, sa maman n'est pas là, entre son métier d'aide soignante et ses nombreux amoureux, elle délaisse Elsa. Un jour, Julien amène Elsa chez lui et lui fait découvrir ses papillons, mais la curiosité de la petite fille conduit Julien à la chasser.
Alors qu'il apprend que le papillon nommé l'Isabelle va éclore, il décide de se rendre sur le lieu de cette merveille. Elsa, une nouvelle fois "lâchée" par sa mère, se cache dans la voiture de Julien. Ils vont partir tous les deux, apprenant à se connaître, pendant qu'à Paris, la maman d'Elsa est en proie aux pires tourments. Julien ne se doute pas qu'un avis de recherche a été lancé contre lui.
Ce que j'en ai pensé :
J'ai voulu voir ce film qui m'avait intrigué. Par moment, je regardais Michel Serrault, et je pensais "on est quand même loin de la cage aux folles". Et puis, après j'ai repensé à "une hirondelle a fait le printemps". Je trouve qu'on lui propose des roles magnifiques et qui lui vont comme un gant. Il n'est à aucun moment pathétique. Il est nature. J'ai adoré. Et ce petit bout de gamine, Claire Bouanich, bravo à elle. Elle est parfaite aussi.
Sur l'histoire en elle-même. Que dire ? Combien on peut constater, une fois de plus, que les familles se disloquent, que les enfants ne peuvent plus compter sur les parents (l'inverse est vrai) ... que les enfants deviennent des grands trop tot, trop vite ... trop ...
Que la solitude et les souffrances intimes éloignent des autres. Qu'on se perd dans des trucs pour ne pas voir sa soufrance. Que chacun a une douleur qu'il tait, chacun a une histoire qui ne demande qu'à être entendue et écoutée.
Je n'ai pas trouvé ce film donneur de leçon. Bien au contraire, je l'ai trouvé simple et donc subtil. Deux êtres seuls se trouvent, dans leur solitude. Le thème n'est pas neuf. Même entre des personnes âgées et des jeunes. Non ce n'est pas nouveau, mais ce qu'il l'est, c'est la façon dont le sujet est abordé. Une philosophie à la portée de tous.
Des passages m'ont marqués. Deux en fait. Quand Elsa et Julien ont trouvé l'endroit où devrait appartaître l'Isabelle, Elsa lui demande de lui raconter une histoire, il le fait en ombre chinoise. Je vous la raconte en gros, c'est pas du mot à mot ... C'est le moment du jugement dernier. Les hommes et les animaux sont réunis autour de Dieu. Celui-ci leur pose une seule et même question, il veut comprendre. Qu'ont-ils fait de leur vie ? Les animaux défilent en premier, le rat, le chien, le lapin, le cerf ... etc ... tous les animaux ont la même réponse ils ont bien vécu, ils ont fait des petis qu'ils ont élevé, ils leur ont appris à vivre, manger ... leurs petits ont fait des petits et ainsi de suite. Arrive le tour de l'homme.
Qu'as-tu fait de ta vie, l'homme ? demande Dieu. L'homme répond. J'ai travaillé toute ma vie. Je me suis usé au travail. J'ai fait des petits que je n'ai pratiquement pas vu. Dieu demande alors "mais l'homme, que sont devenus tes petits ?" ... ils sont morts à la guerre.
Dieu s'excuse alors. Il s'excuse "j'ai fait le monde en sept jours, mais j'aurais pu en prendre quinze pour le faire, personne ne m'aurait rien dit. Le septième jour, j'ai fait l'homme, j'étais fatigué, je suis allé vite, alors je lui ai donné la liberté, je l'ai livré à lui-même. J'aurais pu attendre, j'aurai pu mettre quinze jours pour faire le monde ... mais non, je l'ai fait en sept. Je suis allé trop vite.
Chacun tirera ce qu'il veut de cette histoire, qui finalement n'a que la morale qu'on a envie de lui donner.
Un autre moment a retenu mon attention. Julien parle avec la maman d'Elsa. Elle lui explique sa vie. Il ne juge pas, il écoute. Et il lui dit que Elsa a juste tiré le signal d'alarme, pour rappeler à sa maman qu'elle existe aussi. Julien explique alors à la jeune maman qu'Elsa a besoin de savoir qu'on l'aime. Sa maman dit que bien sûr elle l'aime. Mais comme dit Julien, parfois, il est bon de le dire, parce que l'on n'est pas dans la tête des autres, et que dire aux gens qu'on les aime, qu'ils nous manquent, c'est important. C'est important de le dire, comme c'est important de l'entendre.
J'ai repensé à ça, à moi et Lisa. Je lui dis souvent que je l'aime ma petite soeur, parce que ma maman ne m'a jamais dit qu'elle m'aimait. Comme je pense qu'elle ne l'a jamais dit à mes soeurs et à mon frère. Je me demande même en fait, si elle a déjà "je t'aime" à quelqu'un. Et bien, je le dis parfois comme ça à Lisa, juste parce que j'ai envie de lui dire, parce que je ne veux pas que ma tite soeur d'amour se demande un jour si je l'aime, comme moi, il m'est arrivé de me le demander à propos de ma mère. Aujourd'hui, je ne me demande plus, c'est sans importance. Je fais avec. Il y a autour de moi des gens qui m'aiment et me le disent, et des gens que j'aime et à qui je le dis.
C'était donc un film très agréable à tout point de vue. Agréable à regarder par les couleurs, les paysages, agréable à voir par les acteurs, agréable à savourer par la simplicité et la subtilité.