Le livre :
Henry Miller approche de ses 33 ans. Il est marié à Maude, a une fille et bosse dans une boite assez importante, pour laquelle il recrute du personnel. Seulement H. n'est pas fait pour une vie bien rangée. Il aime les femmes, le sexe. Il se moque de l'argent, de son boulot, de sa vie de famille. Il veut vivre, profiter de la vie, et accessoirement écrire. Un soir, il rencontre une jeune femme, Mara / Mona. Il tombe fou amoureux d'elle, quitte sa femme, s'installe avec elle et finit par l'épouser. Mara est menteuse, ou mythomane, ou ce qu'elle est. Toujours est il que sa fantaisie fascine Henry. Sexuellement compatible, ils ne peuvent se passer l'un de l'autre. Et malgré tout, chacun continue à mener également sa vie sexuelle personnelle, lui parce que le sexe est une expérience qui ne se refuse pas ... elle parce que c'est un moyen d'avoir l'argent qui lui offre tous ses caprices.
Ce que j'en ai pensé :
Sexus est le premier volet de la trilogie de "La Crucifixion en rose" qui comprend Plexus et Nexus.
J'ai voulu lire du Miller pour comprendre ce qui fascinait Anaïs Nin. Au début, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'elle lui trouvait, en tant qu'homme, en tant qu'écrivain. Au début, il nous apparaît cynique, intéressé, il nous montre la manière dont il se voit. Mais ce n'est pas très différent dont Anaïs le voyait. Seulement elle n'aurait jamais osé dire de lui qu'il n'était qu'un profiteur des autres, quelqu'un qui vit comme un parasyte sur le dos de ceux qui l'admirent. J'ai retrouvé ça, chez Nin, dit autrement. Il vivait de l'admiration et de l'amour qu'elle lui portait ... il profitait d'elle, non pas qu'il ne l'aimat pas, non pas qu'il la manipulat ... mais parce qu'il était comme ça ... de ces hommes qui vivent sur le dos de leur semblable, sûr que l'amour que ces derniers lui portent justifie qu'il vive de leur générosité.
Il se moque que Mona récupère de l'argent en étant entraineuse dans un bar. D'ailleurs, on dit "dancing" ... aujourd'hui, on dirait qu'elle était "pute de luxe". Mona comme Miller vivent dans un rêve, se servent de leurs congénères.
Je dirais que de la même manière que chez Nin, nous sommes submergés par sa lucidité sur elle-même, nous le sommes aussi chez Miller. Il ne cherche jamais d'excuses à son comportement. Il est et c'est tout. Il se rend compte qu'il n'est pas réglo, il a parfaitement conscience qu'il fait du mal autour de lui, mais il ne sait pas être autrement, il ne veut pas être autrement. Il n'oublie pas que la vie est éphémère, il n'oublie pas que s'il ne vit pas sa vie, personne ne la vivra pour lui. Il n'oublie jamais de prendre des risques, d'oser ... il n'oublie pas de vivre.
Sur l'écriture de Miller, nous pouvons retenir deux choses : Sexus est un récit complet d'une partie de sa vie tumultueuse. Le sexe et les réflexions sur le monde / la vie s'alternent. Nous nous perdons dans ses "divagations" pour nous retrouver dans des scènes de fesses pour le moins pittoresques. Miller n'épargne personne, il ne s'épargne pas non plus. Il a la conscience du monde qui l'entoure, la conscience de ses imperfections, la conscience des imperfections de sa femme, Mona.
Qu'importe. Nous sommes en vie, il faut vivre.
Citations :
- Il vous faudra regarder en vous-même, si vous espérez jamais vous libérer du tourment.
- Il était de ces hommes qui parlent sans suite, ivres ou non - qui disent même des choses d'autant plus fantastiques qu'ils sont sobres, en fait. De ces hommes nourris d'amertume et de désillusions, d'habitude, qui agissent comme si rien ne pouvait plus les étonner, et qui sont pourtant, au fond, sentimentaux jusqu'à la moelle ; qui mettent leur système émotif meurtri à macérer dans l'alcool, pour ne pas éclater en larmes au moment le plus inattendu. Les femmes trouvent ce genre d'hommes particulièrement charmants, parce qu'ils ne sont jamais très exigeants, ne marquent jamais de vraie jalousie - si, extérieurement, ils en miment tous les gestes.
- Tenez ! Prenez ce fumier qui est assis à côté de vous - ouais, toi ! dit-il, me faisant un large sourire dans le miroir. Il pense qu'on devrait l'entretenir, le chouchouter en attendant qu'il écrive le chef-d'oeuvre de s vie. Jamais il ne dit qu'il pourrait chercher du boulot entre-temps. Ah ! mais non ! Monsieur ne veut pas se salir les mains ; ses belles mains blanches comme lis ! Monsieur est un artiste ! Et ma foi, c'est possible, autant que je sache. Seulement, il faut qu'il commence par le prouver, n'ai-je pas raison ? Est-ce qu'on m'a entretenu, moi, parce que je me prenais pour un avocat ? Rêver, c'est bien - qui est-ce qui ne fait pas de rêves ? - mais il faut que quelqu'un paie le terme !
- Son intuition lui dit que le grand secret ne s'appréhende pas, mais qu'il peut se l'incorporer dans sa propre substance. Il lui faut devenir partie du mystère, vivre dans le mystère et avec lui. Accepter, telle est la solution. Accepter est un art, non pas un exploit egoïste de l'intellect. Et c'est par le canal de l'art que l'on finit ensuite par établir le contact avec le réel : telle est la grande découverte.
- Les grands esprits n'ouvrent pas de cabinet, n'ont pas de tarif, ne font pas de conférences, n'écrivent pas de livres. La sagesse se tait ; le moyen le plus efficace de propager la vérité, c'est à force d'exemple personnel.
-Adaptez-vous ! dit-il. Il ne veut pas dire, comme d'aucuns préfèrent le penser - adaptez vous à cet état de pourriture qu'est le nôtre ! Non, adaptez vous à la vie ! Devenez un adepte ! Il n'existe pas de plus haut ajustement - faire de soi un adepte.
- Nous voudrions voir avec l'esprit, mais l'esprit ne voit que ce qu'on lui dit de voir. L'esprit est incapable d'ouvrir tout grand ses yeux et de regarder pour le seul plaisir de regarder.