Le livre :
Tout commence avec l'aventurier Hongrois qui ne sait pas se poser. Il passe d'une femme à une autre, prend son plaisir, se lasse et le cherche ailleurs. De là, nous découvrons Mathilde, puis Lilith, puis Elena et Pierre, et le Basque, et Bijou et Leila, et Manuel, Miguel, Linda, Marcel, et les autres. Les amours saphiques, hétéro, homo, interdits, incestueux, légitimes, illégitimes ... les amours, le sexe, la sensualité, le désir, les envies, l'assouvissement, l'érotisme en somme !
Ce que j'en ai pensé :
Anaïs Nin nous livre les histoires érotiques de ces personnages. Chaque personnage qui vit une histoire, rencontre un personnage qui va à son tour être le personnage central d'une nouvelle histoire érotique. Ainsi, ce recueil de nouvelles n'est pas décousu, n'est pas non plus une juxtaposition de récits, mais un tout.
J'ai lu Inceste, j'ai vu Henry et June, et je ne peux m'empêcher de penser que Elena, c'est Anaïs, que c'est le personnage dans lequel elle a mis le plus d'elle, le plus de son expérience personnelle.
Il faut savoir que ces nouvelles ont été écrites pour un "collectionneur" et donc sur demande. C'est Miller qui était, à l'origine, celui qui écrivait ces nouvelles érotiques, puis il a proposé à Nin d'écrire avec lui. Nin est attirée par l'érotisme, un moyen de se découvrir, de s'ouvrir à elle-même, à sa sensualité, à la connaissance quasi totale de soi.
Elle aborde tout type de relation. Elle survole certain et, s'attarde sur d'autres. On sent bien que certaines amours lui sont plus familières, sont des expériences vécues et personnelles, si ce n'est dans les actes, en tout cas dans l'essence.
J'ai pris beaucoup de plaisirs à lire ce livre (ne souriez pas). Ecrivant moi-même des petits récits et poèmes érotiques, je dirais que ce livre m'ouvre une perspective dans l'écriture. Après tout, osez se mettre à la place de ce qui n'est pas moi, ne m'empêche ni d'imaginer, ni de supposer. Allez à la découverte de, explorer autre chose.
Jamais pornographique. Je ne dirais même pas cru par moment. Les choses sont dites, et c'est tout.
Cependant, on sent bien que nous sommes au-delà de la simple description de l'acte sexuel. Il y a derrière certains de ces récits érotiques, une volonté de comprendre, d'apprendre ce besoin de la chair, de la découverte. Pourquoi, finalement, les plaisirs sensuels, sexuels sont nécessaires, si ce n'est vitaux au bon fonctionnement de l'humain, pour sa santé aussi, son bien-être.
Il ne faut jamais oublier que nous sommes des êtres sexués, des êtres dotés de sentiments, de besoin tantot charnel, tantot bestial, tantot les deux. Des humains tout entier.
Citations :
- A l'entrée de la pièce, il y avait une peinture érotique représentant une femme prise par deux hommes. La femme était dans un état de convulsion, le corps arqué et le blanc des yeux apparent. Les deux hommes étaient sur elle : l'un avait sa verge en elle, l'autre se faisait embrasser. C'était un tableau grandeur nature, très bestial. Il attirait le regards et l'admirtion de tous. J'étais fascinée. C'était le prmier tableau de ce genre que je voyais ; cela me fit un choc terrible, me donnant des sensations ambiguës.
- Seules les putains avaient un sexe. Miguel en avait vu très jeune lorsque ses frères l'amenaient avec eux au bordel. Là, tandis que ses frères les pénétraient, il leur caressait les seins, les embrassant avec avidité. Mais il avait peur de ce qu'elles avaient entre les cuisses. Pour lui, cela ressemblait à une énorme bouche humide et affamée. Il avait l'impression qu'il ne réussirait jamais à la rassassier. Il avait peur de ce gouffre séduisant, de ces lèvres qui durcissaient sous ses doigts, de ce liquide qui coulait comme la salive d'un homme qui a faim. Pour lui, l'appétit de la femme était terrible, dévorant, insatiable. Il pensait que son sexe serait avalé à jamais. Les putains qu'ils avaient vues avaient toutes des sexes larges, des lèvres épaisses et dures, de grosses fesses.
Que restait-il à Miguel pour satisfaire ses désirs ? Les garçons dépourvus de cette bouche gloutonne, les garçons qui possédait un sexe comme le sien, un sexe qui ne l'effrayait pas, u sexe dont il pouvait combler les désirs.
Ainsi, le soir où Elena sentit monter en elle les premières flammes du désir, Miguel avait trouvé une solution intermédiaire avec un garçon qui l'excitait - sans tabous, sans inquiétudes.
- Elena comprenait maintenant pourquoi certains maris espagnols refusaient d'initier leurs femmes à toutes les subtilités de l'acte d'amour - afin d'écarter tout risque d'éveiller en elles d'insatiables passions. Au lieu d'être apaisée, comblée par l'amour de Pierre, Elena se sentait encore plus vulnérable. Plus elle désirait Pierre, plus elle avait envie d'autres amours. Il lui semblait attacher peu d'intérêt aux racines de l'amour, à sa stabilité. Ce qu'elle recherchait en chacun, c'était l'instant de passion.
- En le quittant, elle se sentit heureuse. L'amour pouvait-il devenir un feu qui ne brûle pas, comme le feu des bonzes hindous ; était-elle en train d'apprendre à marcher magiquement sur les braises ?
- Si un homme se retrouvait aujourd'hui dans un gant dix fois trop grand dans lequel il se sentait comme dans un appartement vide, il essayait d'en tirer le meilleur parti. Il laissait flotter son membre comme un drapeau à l'intérieur, et ressortait sans même avoir ressenti cette emprise totale qui réchauffe les entrailles. Ou bien, il s'aidait de sa salive et se glissait à l'intérieur avec les mêmes difficultés que sous une porte fermée, coincé dans cet étroit tunnel, et obligé de de faire plus petit pour pouvoir y rester. Et s'il arrivait parfois que la fille éclate de rire sous l'effet du plaisir - réel ou feint - il était immédiatement éjecté, car il n'y avait pas assez de place pour loger le rire. Les gens perdaient toute notion des bonnes mesures.