venez découvrir des mots et des textes...

J'ai terminé ce livre lundi soir. Il y a exactement un an que je l'avais acheté. Je fais ça. J'achète des livres sur un titre, sur un auteur, par rapport à mon ressenti. je sens qu'il faut que je le possède, ce livre, alors je l'achète, ce qui ne veut pas dire que je vais le lire de suite, je vais le lire au moment où je dois le lire, où c'est le bon moment pour moi de le lire. Je lis rarement les quatrième de couverture, donc on peut dire que mes lectures sont de pur hasard, de pur coïncidence, de pures envies.
Quand j'ai commencé ce livre, j'étais fatiguée, il était tard, je venais de passer une sale journée, une vraiment très sale journée qui m'avait laissée rincée. Je n'ai lu que la première page et j'ai refermé le livre pour dormir.
Le lendemain soir, j'ai rouvert le livre, j'ai relu la première page. Je ne sais pas pourquoi, dans cette première partie, j'ai eu l'impression de me retrouver dans l'univers de Jeunet. Et puis après, c'était autre chose. La construction de ce livre est particulière. L'histoire commune aux protagonistes. L'histoire de chacun. La fin.
Une petite fille, sa mère, et un homme ... une petite fille qui a peur que sa mère l'abandonne, une mère qui n'est pas vraiment mère et qui passe sa vie à fuir, à fuir elle-même et un homme, seul presque esclave de la lecture, sa seule véritable amie, qui est aussi sa meilleure ennemie.
Comment ces trois destin vont se rencontrer dans le tragique ? Un accident ...
La mère oublie de venir à l'école, la petite fille prend peur, court, éperdue et l'accident, elle se retrouve culbutée par la camionette de Vollard, libraire.
Dès lors les destins se trouvent mêlés. Qui raconte l'histoire de ces trois vies ? Un ancien "camarade" d'école de Vollard.
La petite fille n'a pas de papa, et une maman pas vraiment là.
La maman n'est pas vraiment une maman, pas vraiment une femme, pas vraiment quelqu'un, elle se perd dans la fuite, dans les bras ... elle cherche quelque chose ... elle se cherche sans doute.
Etienne Vollard, libraire, une mémoire incroyable capable de réciter des passages entiers aux mots pour mots des livres qui sont passés dans ses mains.
La rencontre de trois solitudes infinies, incroyables, effrayante aussi.
Vollard renverse la petite fille. Pour lui, c'est la fin de tout. Il se sent coupable alors qu'il n'aurait pas pu l'éviter. Il va dès lors se rendre à l'hôpital, chercher à la retrouver. Il rencontre alors la maman, abscente, là sans être là. Et il va devenir, une sorte de papa, d'oncle, de présence pour la petite fille. Il va passer des heures à lui parler à l'hôpital pour qu'elle se réveille enfin. La maman a trouvé en lui quelqu'un capable de s'occuper de la petite fille.
Et puis, la petite fille ne veut plus parler. Et la maman la place, la laisse au soin de Vollard. La petite fille se laisse mourir, meurt. Vollard se suicide. et la maman disaparait.
La petite fille, Eva. Elle refuse de parle, elle se laisse mourir car il y a l'abandon de la maman, ce jour-là, qui a fait qu'elle a eu peur, qu'elle a couru, qu'elle a été renversée. Il y a l'abandon à l'hôpital, et il y a l'abandon au centre. Eva, elle est abandonnée par sa mère, dans les mains d'un inconnu, de l'homme qui l'a renversé.
La maman est enfin libérée du poids de la petite fille qui la retenait. Elle est libre, elle n'a plus d'obligation. Elle s'est libérée petit à petit. En donnant à Vollard des responsabilités qu'elle ne pouvait prendre en charge.
Vollard trouve une raison d'être, peut-être, en dehors des livres, qui sont aussi une souffrance. Mais il se rend compte que tout ça n'est qu'une illusion. Que la petite fille ne peut devenir sa fille, qu'elle se meurt de l'abandon de sa mère, que son attention à lui, sa présence à lui ne sont pas suffisant. Qui osera dire après cela qu'un seul être vous manque et ... qui osera dire que la petite fille ne s'est pas laissée mourir à cause de sa mère ?
Vollard comprend que la petite fille se meurt et que seule la maman est la solution, mais c'est déjà trop tard, car c'était avant, avant l'accident que la petite fille avait besoin de sa maman ... c'est avant l'accident que le mal a été fait. Vollard pourtant va chercher la mère, la trouver. L'union furtive de deux êtres dans une incroyable solitude.
La mort de la petite fille. Le suicide de Vollard. La fuite de la maman.
Citations.
- "Puisque rien n'est écrit nulle part, la vie seulement criblée de hasards de dernières minutes, ces petits riens décisifs qui défient présages et prévisions et se rient de nos attentes"
- "Tout peut avoir lieu, donc le pire. Car il rôde lui aussi dans la meute des possibles. La hyène du pire trottine au hasard dans la banalité."
- "Gros garçon-livre qui nous inspirait ce respect haineux, cette admiration pleine de ressentiments."
- "C'est mon art le plus cher et ma plus chère méchanceté d'avoir appris à mon silence à ne pas se trahir par le silence."
- "J'écris pour qui, tombant dans mon livre comme dans un trou, et n'en sortirait plus."
- "J'ai à moi seul plus de souvenirs que n'en peuvent avoir eus tous les hommes, depuis que le monde est monde. Mes rêves sont comme votre veille. Ma mèmoire, Monsieur, est comme un tas d'ordure."
- " On ne sait quel mot, quelle parole parvient à les réveiller. Une seule phrase peut tout déclencher. C'est un bout de fil qu'il faut alors tirer, et tout le reste revient."
- "La privation de contacts, je le savais, était finalement ma catastrophe, tout comme autrefois elle avait été finalement nécessité et bonheur"