venez découvrir des mots et des textes...

J'aurais presqu'été tentée d'écrire l'article avant d'avoir fini le livre, tant ce que je lis, je le comprends au delà des mots qu'elle écrit ... Mazarine. Il ne s'agit pas là de lire l'histoire de la fille de, que de lire la souffrance de n'être pas, d'avoir été cachée, d'avoir du se taire, d'avoir été entourée de silence, de ne pas avoir été pour qu'on ne lui reproche pas, et finalement d'être et lui repprocher d'être.
Comment est-ce possible, hein, de repprocher à un enfant d'être ? Et bien, c'est simple, prenez un homme puissant, un président de la République. Prenez une vie publique et une vie privée. Une vie pour le peuple, et une vie pour soi. Et vous obtenez une souffrance. Une enfant qui a dû se taire, pour le protéger, sans que jamais cela ne lui soit demandé ... elle n'était pas légitime. Une adulte à qui on reproche d'être ... alors qu'elle n'y est pour rien. Elle est, mais ce qui est autour d'elle, n'est en rien sa responsabilité.
[ J'ai écrit les mots précédants, avant d'avoir fini le livre, la suite... quand je l'aurais fini ... pour en dire plus]
Voilà, j'ai fini de le lire. J'avais fait une pause dans ma lecture. Mes vieux démons reprenants le pas, ne demandant qu'à sortir ... je leur ai donné un peu de temps, pas trop ... maintenant, j'ai dis à la niche, foutez moi la paix ... prendre de la distance après les avoir laissé s'exprimer, et leur donner une place qui ne doit pas être bien grande ... les distancier de moi ... pour ne pas m'empêcher ...
J'ai donc achevé cette lecture.
Et avant de continuer l'article, j'ai relu ce que j'avais écrit.
J'ai retrouvé dans ce livre la pudeur que j'avais trouvé chez Frédéric Mitterrand avec La Mauvaise vie, une pudeur de se dire, dans un vrai style, avec de vraies émotions, une sincérité non feinte. Deux autobiographies, nommées pudiquement "récit", d'où émanent le besoin de se dire pour avancer, de rétablir une vérité plus pour soi que pour les autres, le besoin d'assumer, de mettre des mots sur ... et en aucun cas de se justifier auprès du monde, mais de s'assumer en temps que personne appartenant à ce monde.
Je ne saurais pas vraiment comment définir ce qu'a été sa vie, à Mazarine. Une vie heureuse entre une mère et un père aimant, des puits de culture tous les deux. Une vie normale, sauf que ... sauf que papa quand il passe la porte de chez eux est un homme qu'elle ne connaît pas, qu'elle ne reconnaît pas.
Que dire de ce style où parfois, souvent les pronoms personnels sujet sont oubliés volontairement, où la distenciation avec soi-même se traduit par l'utilisation du deuxième prénom et un récit à la troisième personne, quand elle évoque son premier enfant perdu à quatre mois de grossesse.
Le livre n'est pas un inventaire en soi. Ce n'est pas une suite de souvenirs impudiques. Ce n'est pas une volonté de faire de l'argent, de s'exposer. Etrange me direz-vous, on écrit bien pour être lu. Mais peut-être écrit-on aussi pour soi ... et puis, si le livre est dédié à ses parents, il est avant tout écrit pour "l'enfant". L'enfant qui sera sa continuité, celle de son père, d'une histoire commune aussi.
C'est étrange, je me rappelle d'une conversation que j'avais eu avec Val, un jour de décembre, il y a déjà quelques années. Je lui disais que le jour où j'attendrais un enfant, le jour où j'aurais le désir d'un enfant, il faudra que je fasse du tri dans mon passé, il le faudra, cela ne pourra pas être autrement. Alors imaginez, je lis ce livre, et je trouve cette même idée. L'idée d'avoir envie d'enfanter, et donc le besoin de mettre à plat. Bien sûr, les raisons ne sont pas les mêmes.
Elle fait la démarche de dire sa vérité à "l'enfant", ce qu'elle a vécu, qu'il en reste quelque chose avant que d'autres souvenirs n'effacent ceux trop fragiles. Faire le retour en arrière pour comprendre et finalement avancer.
Je n'ai pas d'opinion sur son père François Mitterrand. Disons que j'ai une opinion limitée et pour cela je ne préfère pas juger. Bien sûr un homme cultivé, mais un homme à double face. Je le ressentais comme ça. Et elle le dit ainsi. A la maison, son père, à la télévision, un homme qu'elle ne reconnaît pas être le sien, son père.
Elle le dit bien que ce qu'il était en dehors d'elle, en dehors de leur famille, cela ne lui importait peu.
Elle aime son père, elle le dit ... mais, il n'y a pas d'indulgence feinte, pas de portée aux nues. C'est juste une jeune femme qui raconte sa condition d'enfant illégitime, d'enfant cachée, d'enfant au pacte tacite, se taire, ne pas être ...
Dire à "l'enfant" qu'il y a une autre vérité que celle qu'il apprendra à l'école sur son grand-père, une autre vérité que celle qu'il lira dans les journaux ... un autre vérité qui est celle de la vie privée, celle de la vie d'une famille normale. Parce qu'elle le dit ... quand ils étaient ensemble, ils avaient une vie normale, banale.
Je pense que sa mère a dû découvrir sa fille en lisant ce récit, une fille qu'elle ne connaissait pas ... de la même manière que Mazarine avait un père dont elle ignorait une partie.
Citations :
- Comment se construire quand on est chaque jour obligé d'échapper un peu plus à soi-même ? Ceux qui résolvent la question sont des héros.
- Je viens d'une espèce douée pour l'adaptation, pas pour la conquête. Papa cite Char quand je préfère Verlaine "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience".
- Ceux qui arrivent à eux-mêmes sans détour sont suspects d'inauthenticité, de génie ou de paresse.
- Survivre est parfois une énigme. On ne mesure pas sa force. Ni sa faiblesse dans les moments où on ne l'attend pas. Les heures creuses, les années molles, les époques où l'on disparaît pour supporter, où l'on cesse de vivre pour ne pas mourir.
A venir, Gudule, La vie à reculons, histoires de vies, le livre de poche jeunesse.