venez découvrir des mots et des textes...

4° de couverture ...
Amélie Nothomb a, chevillé à son écriture, cette faculté rare de faire rire de tout, et d'elle-même pour commencer .. Jacques de Decker, Le Soir.
Un miracle d'étrangeté et de drôlerie, la Chine communiste vue par une petite fille de sept ans ... Michel Tournier, Le Quotidien de Paris.
Le livre.
Amélie a quitté l'empire des Chrysanthèmes pour l'empire du milieu. Nous sommes en 1972, son père, diplomate se retrouve muté à Pékin. La guerre d'Indochine fait rage. Amélie a 7 ans et elle nous raconte sa vision de ce nouveau monde qu'elle découvre, ce monde si différent de son Japon adoré.
De la même imagination qu'on lui avait connu dans Métaphysique des tubes, et aussi dans Stupeurs et tremblements, elle nous fait entrer dans son monde si particulier.
Son vélo devient un cheval gallopant au vent, les pékinois d'immenses ventilateurs.
Les diplomates et leur famille logent dans des quartiers bien définis qu'elle nomme des guettos. Ils ne sont en aucun cas mélangés à la population locale. Si les adultes se conduisent en bonne intelligence, les enfants ont décidé de s'occuper en jouant à la guerre. Parce qu'il faut un ennemi, ça occupe et que c'est logique.
Et puis il y a Helena, la si belle et si parfaite Helena. Et les prémices de l'amour et ses vissicitudes également !
Ce que j'en ai pensé.
Il ne faut pas oublier que même si Amélie nous donne sa vision de ce qu'elle a vécu à Pékin lorsqu'elle avait sept ans ... ce sont les souvenirs de l'adulte qu'elle livre en pature ... les réflexions qu'elle se rappelle, les événements qu'elle se rappelle. Ce livre n'a pas été écrit quand elle avait sept ans, mais bien une fois qu'elle a été adulte. Ses réflexions sont donc biaisées par ses réflexions d'adulte, son vécu après ...
Je trouve qu'elle nous livre cependant parfaitement son ressenti par rapport à La Chine. D'ailleurs, les métaphores sont édifiantes. Je ne remets pas en doute le fait qu'elle ait pu penser cela à 7 ans, pourquoi pas. Mais alors, quelle incroyable lucidité !
Pourquoi le sabotage amoureux ... parce que Helena ... Helena comme Hélène de Pâris ... Helena comme le symbole d'un amour qui n'existe que d'un côté. Là aussi, une incroyable lucidité sur la relation amoureuse qui, comme chacun sait n'a pas d'âge, l'amour n'a pas d'âge ... l'amour n'a pas de sens, l'amour n'a aucun sens.
Elle se saborde pour une jeune fille parfaite qui finalement ne l'est quand apparence, elle se saborde par amour ... elle a déjà tout compris de la stratégie amoureuse, mais aussi du prix trop élevé de l'amour, qui finalement n'est peut-être qu'une illusion de notre raison ... une nécessité vitale pour se sentir exister.
Il y a également tout un leitmotiv sur le code ... les principes ... ce qu'on doit faire, ne pas faire, l'emprisonnement des carcans, des idées reçues ... des règles de société !
Le mieux, c'est de lui laisser ses mots ... sa lucidité !
Citations.
- C'est un phénomène étrange. La Chine est comme une courtisane habile qui parviendrait à faire oublier ses innombrables imperfections physiques sans même les dissimuler, et qui infatuerait tous ses amants.
- La guerre commença en 1972. C'est cette année-là que j'ai compris une vérité immense : sur cette terre, personne n'est indispensable, sauf l'ennemi.
- L'armistice est un luxe que l'être humain ne peut pas se permettre.
La preuve, c'est que les périodes de paix aboutissent toujours à de nouvelles guerres.
Tandis que les guerres se soldent généralement pas des périodes de paix.
Comme quoi la paix est nuisible à l'homme, alors que la guerre lui est bénéfique.
Il faut donc accepter les quelques nuisances de la guerre avec philosophie.
- La vraie beauté doit laisser sur sa faim : elle doit laisser à l'âme une part de son désir.
- Pendant tout l'interrogatoire, rien ne bouge, ni les deux hommes ni la camera : il n'y a que cette oscillation du ventilateur. Sans lui, la scène n'atteindrait jamais ce degré de crispation. Il joue le rôle de choeur antique, en beaucoup plus insupportable, car il n'émet aucun jugement, il ne pense rien, il se contente d'être là pour faire résonner les choses et exécuter, avec une exactitude infaillible, son boulot de ventilateur : efficace et sans opinion, le choeur dont rêvent les régimes totalitaires.
- Les théories servent à irriter les philistins, à séduire les esthètes et à faire rire les autres.
- La Chine péchait par excès de modestie. Empire de Milieu ? Il suffisait d'entendre cet énoncé pour en comprendre les limites. La Chine serait le Milieu de la planète à condition de rester bien sagement à sa place.
- Rien n'est moins innocent que la syntaxe.
- La seule manière de cesser de souffrir, c'est de n'avoir plus que du vide dans la tête. La seule manière de se vider la tête à fond, c'est d'aller le plus vite possible, c'est de lancer son cheval au galop, c'est de caler so front contre le vent, c'est de n'être plus que le prolongement de son coursier, la corne de la licorne, avec pour seule mission de fendre les airs - jusqu'à la joute dilale où l'éther l'emportera, où le cavalier et sa monture, perdus dans leur emballementn seront désintégrés et absorbés par l'invisible, aspirés et pulvérisés par les Ventilateurs.
- Qu'est-ce qu'une fleur ? Un sexe géant qui s'est mis sur son trente-et-un.
- L'erreur, c'est comme l'alcool : on est très vite conscient d'être allé trop loin, mais plutot que d'avoir la sagesse de s'arrêter pour limiter les dégâts, une sorte de rage dont l'origine est étrangère à l'ivresse oblige à continuer.