venez découvrir des mots et des textes...
Si j'avais découvert Vian avec L'écume des jours, j'en serais resté là ... déçue ... et j'en serais restée là. Mais heureusement j'ai découvert Vian, sur le tard, toujours un métro si ce n'est dix de retard, avec J'irai cracher sur vos tombes, et Les morts ont tous la même peau.
J'avais repéré Et on tuera tous les affreux, quand Marie était venu me visiter. Je ne l'avais pas acheté à l'époque, la queue au caisse de la librairie m'avait quelque peu refroidie.
Qu'importe, j'ai acheté le livre plus tard.
Et on tuera tous les affreux.
Nous sommes à Hollywood, Rocky Bailey a presque 20 ans. C'est un sportif. Il veut rester vierge jusqu'à ses 20 ans, dans six mois. Bel homme, robuste, attirant, il résiste à toutes les convoitises féminines. Cet homme serait-il de bois ?
Un soir, alors qu'il était dans un bar avec quelques amis, il sort fumer une cigarette, rencontre un inconnu qui le drogue. Il se réveille dans une chambre, nu comme un vers, avec une femme des plus charmantes à ses côtés, prête à lui enlever son pucelage. Mais voilà, l'homme, ici Rocky, a le don de se mettre volontier des batons dans les roues, à s'imposer des limites, à se fixer des règles, bref à s'empêcher plus ou moins de vivre sa vie et donc des expériences. Toujours est-il que le refus de céder à la tentation, fait que notre jeune Bailey se retrouve entre deux infirmiers qui lui font subir une "expérience" visant à recueillir sa semence.
De retour au bar de départ, on apprend la mort d'un homme, empoissonné. S'en suit une enquête où Rocky devient détective.
Il nous emmène dans les histoires sordides d'un docteur Markus Schutz qui s'amuse à l'eugénisme. Produire une race humaine composée de perfectude {j'aime ce mot ... ignore s'il existe, mais le préfère à "perfection" }. Il s'emploie à choisir de beaux spécimen, les fait forniquer et recueil l'embryon avant naissance, accélère sa croissance et produit ainsi des séries. Les clones sont partout, infiltrés dans le gouvernement de Truwoman.
Ce que j'en ai pensé.
Sur un ton léger, Vian aborde ici le thème de la volonté humaine de produire une race parfaite. Physiquement du moins.
Il en profite pour aborder le thème du dépucelage, de l'attente et du monde qu'on se fait de l'acte sexuel. La découverte d'une sexualité sans amour, d'une sexualité débridée où l'imagination à heureusement sa part, sinon on s'ennuierait vite {je parle de l'acte sexuel} ...
Est-ce moi, ou ai-je trouvé qu'une fois de plus, la lucidité de Vian sur la nature humaine nous conduit vers non pas une désillusion mais une cruelle réalité. S'inventer un monde, des sentiments, des trucs parce que la réalité est d'un ennui ?
Je ne suis pas sûre d'arriver à exprimer ce que je veux dire. Bref, Vian ne fait pas dans le cynisme froid, il reste dans la vie, résigné mais incontestablement dans la vie.
De l'humour aussi ... de l'ironie sans doute !
Citations.
- Chemin faisant, je me remémore les quelques jours de cette aventure et il faut croire que je suis sérieusement vidé, parce que tout cela m'apparaît d'un terne ...
Même la matinée avec Sunday Love ... Bon Dieu, j'avais sans doute raison de retarder mon ... disons mon initiation le plus que je pouvais ... Ces choses que je viens de faire avec me paraissent parfaitement normales ... agréables, certes, et propres à vous faire passer des matinées rapides et rafraîchissantes ... mais nettement insuffisantes ... J'ai l'impression que je la connais maintenant sous toutes les coutures ...
Je cherche ... Je cherche ... Y aurait-il quelque chose que je ne lui ai pas fait ?
- Qu'est-ce que c'est qu'un défaut d'aspect quo ne voit pas ? Ca peut s'appeler également un prétexte ...
- Vous ne vous en rendez pas compte du nombre de gens qu'il va falloir supprimer, Rocky. C'est effrayant.
- Mais puisqu'ils sont affreux, dis-je. Ca sera bien plus chouette, après ...
- Mais il en faut, des affreux, dit-il. Bon Dieu, qu'est-ce qu'on fera sans affreux ... Vous ne vous rendez pas compte, je vous le répète .. Qui est-ce qui ira au cinéma, si tous les gens sont beaux comme des Apollons ?
- Ben, on ira voir les affreux, dis-je. Il suffira d'en garder quelques douzaines.
- Vous ne vous rendez pas compte qu'à ce moment-là, il faudra être affreux pour avoir du succès auprès des filles, poursuit Mike d'un ton désespéré. Alors, tous les tordus prendront des mines triomphantes, et nous on pourra toujours s'amuser tout seuls ... Ca sera chouette, hein, comme vous dites ?
- Schutz avait tort, dit Mike. Je regrette pour lui ... C'est un type bien ... Mais il s'est trompé ... Ca va lui faire une de ces générations de monstres ...
- Bah ! Dis-je, je m'en rapporte à lui ... Il trouvera bien le moyen d'en faire quelque chose ...
Un type affolé se détache du groupe mouvant et part au galop en se tenant les fesses ...
- Y'en a qui trichent ! dit-il ... Zut, lors ... Il y a assez de femmes, ici ...
- Vous voyez bien, me dit Mike ... C'est la faillite du système ...
Je proteste.
- C'est une erreur, Mike ... Ils ne peuvent pas voir ce qu'ils font, là dedans ...