Le livre :
Deux hommes, Lee Blanchard et Bucky Bleichert. Tous deux d'anciens boxeurs ayant intégré la police de Los Angeles. Lee suit son chemin et hisse Bucky à sa suite. Un cadavre atrocement mutilé, coupé en deux et vidé de ses organes sexuelles est retrouvé dans un terrain vague. La bouche fendue jusqu'aux oreilles. Elle s'appelait Bethy Short. Une fille particulière à l'histoire personnelle "dramatique". Une enquête autour de ce meurtre, où à chaque fois que l'on pense avoir trouvé le coupable, un truc cloche et fait que Bleichert fouille de plus belle. Lee a disparu. Tout est lié dans cette histoire, rien n'est le fruit du hasard ... même Bethy Short n'est pas tuée au hasard, elle avait un défaut ... et ce n'était pas celui de s'être trouvée au mauvais moment au mauvais endroit.
Ce que j'en ai pensé :
J'ai déjà beaucoup aimé la façon dont est mené le livre. Je ne parlerai pas du style vu qu'il s'agit d'une traduction. Très vite je me suis trouvée plongée dans mon imaginaire. Les mots prenaient la forme d'image. J'avais donc créé mon film du dahlia noir à partir de ce que je lisais. Essentielle pour moi, pouvoir voir les mots. Très vite je me suis retrouvée dans une ambiance de film style les incorruptibles. Ca y est, vous y êtes ... c'est sûre ... j'y suis encore moi, les images des mots pleins la tête. J'ai imaginé Lee ... j'ai imaginé Bucky ... j'ai imaginé Kay ... j'ai aussi imaginé Betty Short ... et les autres. J'ai cherché ... à comprendre ... non pas qui était le meurtrier, je n'aurai pas pensé avant la fin ... qui c'était ... le meurtrier. Non, j'ai cherché à comprendre ce qui nous faisait agir ...
James Ellroy ne se contente pas de nous raconter une histoire policière. Il va plus loin, il fouille nos turpides, ce qui nous pousse à agir.
Il nous montre que l'on est parfois impuissant face à nos obsessions, que c'est plus fort que nous, et que l'on ne peut pas tout controler.
Il nous montre aussi que le besoin d'aimer, et d'être aimé peut être une motivation à certains actes que jamais nous n'aurions fait autrement ...
En fait, en regardant de plus près, James Ellroy ne veut-il pas nous montrer à travers cette horrible crime que nous sommes tous à la recherche de quelque chose ? la victime, Betty Short ... Lee, Bucky ... et les autres protagonistes ... chacun cherche quelque chose ... et cette chose est liée à un manque dans son histoire personnelle.
Alors, je dirais que si un jour, on est capable d'affronter cette chose en nous qui nous obséde, qui nous hante, qui nous empêche aussi de vivre, alors, ce jour là ... en l'affrontant, on fait un premier pas vers la "guérison" ...
Et puis je crois aussi que la vie nous donne ce dont on rêve le plus quand on est près pour ça. Les choses arrivent quand c'est le moment.
Je crois beaucoup à la symbolique empruntée par Ellroy. Bucky avait une vie peinarde. Survient ce meurtre. Il se trouve confronté à ses propres manques, mais aussi à ceux d'autres que lui. Et enfin, quand il a tout fait, quand il est allé au bout de lui même parce qu'il le fallait ... la vie reprend son court ... différemment cependant.
Après l'affrontement, on a souvent l'impression que la vie va de soi ... alors que la vie ne nous offre que ce dont nous sommes près à affronter.
Je rappelle que James Ellroy s'est inspiré du meurtre d'Elisabeth Short, et il est bon de rappeler que le meurtre de sa propre mère (de Ellroy) est irrésolu à ce jour.
Citations au hasard :
- L'ensemble avait le parfum des choses qui ne sont pas à leur place.
- Kay était nue, debout sous la douche. Son expression se figea dans l'absence, même au croisement de nos regards. J'absorbai tout de son corps, des seins tachés de rousseur et aux pointes sombres, aux hanches larges et au ventre plat, avant qu'elle ne fît volte-face. Je vis alors d'anciennes cicatrices de coups de couteau qui lui couvraient le dos, se croisant des cuisses aux reins. J'étouffai mes tremblements et m'éloignai, regrettant qu'elle se fût dévoilée à moi le jour où j'avais tué deux hommes.
- Oui. Elle (Betty Short) était gentille et elle vous faisait confiance, elle n'étais pas trs maligne, mais ... elle était inspirée. Elle avait ce don étrange, si c'est comme ça qu'il faut l'appeler. Elle aurait fait n'importe quoi pour être aimée, et elle prennait en quelque sorte les manières de ceux avec qui elle était. Tout le monde fume ici,e t Betty a commencé a fumer pour faire partie du groupe, même si c'était mauvais pour son asthme et si elle détestait la cigarette. Le plus drôle, c'est qu'elle essayait de marcher comme vous, de parler comme vous, mais tout en le faisant, elle restait elle-même. C'était toujours Betty ou Beth ou un autre surnom suivant l'inspiration du moment.