Le film :
Raymunda (pardon pour l'écriture), sa soeur, Solé (Soledad), et sa fille, Paola se rendent dans un petit village à 180 km de Madrid, berceau de la famille, afin de nettoyer, astiquer la tombe de leurs parents décédés dans un incendie. Elles rendent ensuite visite à la tante.
De retour à Madrid, dans l'appartement de banlieu, Raymunda reprend sa vie au côté de Paco, qui n'est qu'un soiffard, incapable de garder un emploi. Un soir, alors qu'elle rentre de son travail, Raymunda trouve Paola qui l'attend à la station de bus. Arrivées dans l'appartement, l'adolescente avoue avoir tué son père, qui a tenté de la violer. Raymunda décide de prendre les choses en main.
Ce que j'en ai pensé :
Nous retrouvons bien là, l'univers de Pedro Almodovar. Ce film est un moment dans la vie de quelques femmes, toutes liées d'une manière ou d'une autre. Ces femmes sans homme ou presque. Une photographie du dénouement d'un secret de famille. L'homme apparaît sous les traits de Paco. Almodovar ne lui donne pas le joli rôle. Il devient la figure du drame familial. A travers le vice/ la perversité (chacun prend l'inceste comme il l'entend). Paco reproduit avec Paola (qui n'est pas sa fille biologique mais qu'il a reconnu) ce que Raymunda a vécu avec son propre père. Se pose alors la question de : Choisit-on des hommes qui ressemblent à notre père ? et donc, inconsciemment, se remettons nous dans les mêmes situations pour expier et un jour dépasser.
Sincèrement, je pense que oui. J'en suis même sûre.
Almodovar a déjà exploré cette relation mère-fille dans Talons Aiguilles, il a aussi exploré la relation mère-fils dans Tout sur ma mère, et une nouvelle fois, il l'explore. Différemment, sur un autre thème. Dans T.A., il s'agissait de montrer comment une mère connue peut rabaisser inconsciemment ou non sa fille parce qu'elle veut absolument être sur le devant de la scène. Dans TSMM, il s'agissait de montrer comment une mère, qui vient de perdre son enfant unique qu'elle a eu avec un transexuel camé, parvient à gérer ce drame. Ici, il s'agit, pour lui, de montrer comment une fille peut s'éloigner de sa mère à cause d'un drame familial, l'inceste. Raymunda s'est éloignée de sa mère, lui préférant sa tante, à qui elle a pu dire son drame. Sa mère, demeure interdite devant cet éloignement qu'elle ne comprend pas. Sa mère pensera que Raymunda la déteste.
Almodovar explore la communication, les relations humaines. C'est un fin observateur. J'aime beaucoup. Il ne faut jamais s'arrêter aux apparences de ses films, toujours un peu kitch sur les décors, un peu caricatural sur les vêtements, sur les types de personnages. Il faut aller au delà de l'image, comprendre le message d'Almodovar.
Volver, c'est la complexité des rapports familiaux dûs au drame familial ... C'est aussi, et on le voit bien à travers le personnage de Raymunda, l'absence d'aigreur vis à vis de la vie. Elle accepte, mais elle ne se résigne pas. Elle accepte mais elle vit, elle est pleine de vie, et sans rancoeur.
C'est un beau film.