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L'empathie

Parfois, j'ai l'impression de ne plus rien avoir dire, de n'avoir plus rien envie de dire, de vouloir désespérément redevenir une taiseuse, de retourner dans un monde rien qu'à moi, où rien ne me toucherait vraiment ou du moins tout me toucherait de loin. J'aimerais, j'aimerais mais je sais que l'on ne peut jamais revenir en arrière, qu'il ne faut pas regretter le passé, juste espérer que le futur sera mieux et en attendant, profiter du présent, puisque, seul lui, est vraiment important, le présent, le seul moment qui vaille la peine. Et là, soudain, on se rend compte de quoi ? que l'on profite et, d'un seul coup, maintenant est déjà passé, et on trouve que l'on n'en a jamais profité assez, que tout va trop vite. J'ai souvent l'impression, la violente sensation, d'appuyer sur une pédale de frein avec toute la force dont je suis capable, mais nan, le temps file, et je suis impuissante, impuissante à garder ceux que j'aime, ce que j'aime, impuissante.

Et si c'était cela mon vrai problème, ce sentiment d'impuissance, rendu encore plus grand par l'empathie.

L'empathie, c'est difficile d'en parler, parce que les gens ne sont pas prêts à en entendre parler, ils ne sont pas prêts aussi à comprendre que des personnes peuvent les ressentir de tout leur être, leurs sensations, leurs émotions ... par un regard, un mot, une attitude ! C'est même pire que cela, parfois, oui pire. J'ai eu des expériences d'empathie qui m'ont terrifiée. Mais je dois accepter, cela fait parti de moi. Comment je gère ? Pas toujours très bien. Pas toujours très bien car, quand tout va bien et que d'un seul coup, je suis submergée par des émotions qui ne m'appartiennent pas, que je ne comprends pas forcément, pas toujours, voire pas du tout. Que je comprends que ces émotions-là ne sont pas à moi, que ce ne sont pas mes peurs, mais qu'elles le deviennent !

L'empathie, c'est plus que les émotions, c'est parfois aussi les sensations physiques. C'est là que c'est le plus terrifiant, pour moi, le plus terrifiant.
Pourquoi ? Parce que ce sentiment d'impuissance ! Parce que l'empathie, ce n'est pas avec tout le monde, et heureusement, sinon je crois qu'il y a longtemps que je me serais faite la peau. C'est uniquement avec certaines personnes, un lien particulier. Ce n'est pas forcément avec des gens que j'aime vraiment, pour qui je compte, cela peut aussi m'arriver avec des gens qui ont une sorte de "fascination-répulsion" avec moi. Oui, une connection particulière.

Comment peut-on avoir des émotions, des douleurs, mais aussi des joies de quelqu'un d'autre comme si c'était un autre moi-même ? Je ne sais pas, est-ce si important ? est-cela l'important ? Savoir comment cela est possible ? Nan, pour moi, l'important, c'est comment vivre avec ça. Comment ne pas me détruire de la douleur des autres, comment ne pas devenir la douleur de l'autre ?

La plus terrifiante, la plus étrange expérience d'empathie que j'ai eu, c'est la mort de ma grand-mère. J'ai senti, ressenti la mort de ma grand-mère, j'ai vécu sa mort en direct, à 60 km de là. J'ai vécu cela avec elle, ses sensations. Ma grand-mère est décédée au petit matin d'un lundi 26 avril 1999. Elle avait eu 73 ans le 26 novembre, elle s'est cassée le col du fémur le 26 janvier, elle était morte le 26 avril, elle a été enterrée le 29 avril, le jour de ma fête.

Ce dimanche 25 avril, c'était l'anniversaire de ma tante, pourvu que rien n'arrive ce jour ! J'ai eu une drôle de sensation toute la journée. Je ne voulais pas rester seule cette nuit-là. J'ai passé une partie de la nuit à discuter avec une copine, et puis il a bien fallu aller se coucher. Mes nuits ne sont pas plus belles que mes jours ! Et, puis, dans la nuit, j'ai été réveillée par une horrible douleur dans la poitrine, cela me faisait mal, cela m'opressait, je ne comprenais pas, j'ai eu peur de mourir, là, toute seule. Je n'arrivais pas à bouger, et cette douleur dans la poitrine. J'ignore combien de temps, je sais juste que cette douleur, je ne l'ai jamais oublié. Et puis, cela est parti. Le lundi, j'ai fait ce que j'avais à faire. Je suis rentrée chez moi, je me sentais légère, trois messages sur mon répondeur ... trois ... dont celui de ma mère, je ne sais plus ce qu'elle disait, mais je lui en ai voulu de m'annoncer sur mon répondeur le décès de la personne qui comptait le plus pour moi. Et puis, j'ai vite réglé ce que j'avais à régler, et je me suis effondrée. Je n'ai pas fait le rapprochement, parce que pour moi, ma grand-mère était morte dans son sommeil, normalement, simplement.

J'ai très mal vécu son enterrement, vraiment mal. Et puis, au sortir du cimetière, comme à la mise en bière, ma tante m'a prise par le bras. Cela est étrange, j'ai des rapports très impersonnels avec ma tante. Et puis, elle m'a raconté la mort de ma grand-mère, ma grand-mère n'était pas morte dans son sommeil, elle est morte d'un oedème pulmonaire. Ma grand-mère s'est laissée mourir, elle n'est pas morte de son cancer, elle est morte, parce qu'elle ne pouvait pas vivre comme ça. Elle est morte des sensations que j'ai eu cette nuit-là. J'avais vécu la mort de ma grand-mère, de l'intérieur.

Et puis, il y a eu la nuit qui a précédé l'enterrement, où je n'ai pas pu fermer l'oeil, parce qu'à chaque fois que je commençais à m'endormir, ça cognait trois coups à la porte de ma chambre, la porte s'ouvrait et je l'entendais m'appeler "Catherine", et je me réveillais ...

Et puis, il y a eu, après, quelques jours après, j'étais de retour chez moi .. Je dormais quand j'ai été reveillée par une odeur horrible. J'avais envie de vomir. Je croyais que c'était mon chat qui avait uriné je ne sais où mais non, rien ... rien du tout, et cette odeur qui me soulevait le coeur. Alors, j'ai brûlé des encens, et des bougies parfumées, mais l'odeur était là. Elle était là, et puis elle est partie ... comme elle était venue.
Cette odeur, je l'ai de nouveau senti, quand je la sens la nuit, le soir, je sais que quelqu'un est mort, je suis impuissante, alors j'attends, j'attends le coup de fil qui me dira qui, comment, quand ...

Je ne sais pas pourquoi je raconte ça, aujourd'hui, je ne sais pas. J'évite, je ne suis pas à l'aise. Chez moi, je veux dire que dans ma famille, ce n'est pas un secret que je suis comme ça. Nan, ce n'est pas un secret. Mon premier mort, j'avais 13 ans. Un pendu sans tête. L'oncle de ma mère, le beau-frère de ma grand-mère. Une semaine après que j'en ai parlé à maman, elle m'a dit qui était mort, qui était le pendu qui s'imposait à moi.

Je n'ai pas que des morts, j'ai aussi des belles choses. Je savais pour Lisa, avant maman, j'avais partagé cela avec ma Carole, alors quand maman a annoncé, cela faisait une semaine qu'on en parlait, Carole et moi. Je savais la naissance de ma Lisa, une tchite mère très brune avec pleins de cheveux. C'est la première chose que mon beau-père m'a dit, quand il est venu me chercher, le mercredi de la naissance, pour m'emener chez des amis, "tu avais raison, elle est brune et pleins de cheveux". J'avais raison, je savais, j'avais su avant.

Je sais que les gens appellent cela de tout un tas de noms, que certains y croient, d'autres nan, cela n'a que peu d'importance. C'est en moi, cela fait parti de moi. Je suis le jumeau des êtres que j'aime.

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D
dans une période après un deuil ou j'ai "expérimenté" le genre de choses dont tu parles, j'ai connu ces moments où il n"ya plus de frontières...<br /> on a l'impression qu'il n'y a plus de barrières... que tout se dilue. <br /> je n'aimerais pas revenir à cette période !!!
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C
bienvenue dans mon monde ...<br /> ces moments où il n'y a plus de frontières ... hum ... ça provoque des paniques chez moi ... l'angoisse monte, monte et pfffffffffffffff
D
Merci de ton comm sur mon blog.<br /> <br />  <br /> <br /> C’est effectivement le grand problème… comment faire quand on ne s’aime pas. On a tous plus ou moins ce blocage de départ (éducation ou ADN ?) qui fait qu’à priori on ne s’aimera pas trop et donc on aura du mal à aller vers l’autre.<br /> <br /> Sur l’empathie j’ai expérimenté dans deux occasions très précises des choses très fortes. A chaque fois il s’agissait d’individus dont à la première rencontre j’avais un ressenti très fort, presque violent. Un impression de mort, de négatif, de choses malsaines m’a sauté au visage alors que d'habitude je suis plutôt sans à priori sur les gens. J’ai fui ces personnes à chaque fois sans raison et ayant des nouvelles d’elles plus tard, j’ai appris que l’une battait sa femme et l’autre cachait un secret assez glauque…<br /> <br />  <br /> <br /> Philip K Dick imaginait dans son livre une « boite à empathie » qui permettait dès que l’on mettait les mains dessus d’entrer en communion empathique avec tous ceux qui tenaient eux aussi la boite à ce moment. Dans son livre, c’était la base d’un mouvement religieux.<br /> <br />  <br /> <br /> Un autre auteur de SF dont je ne me rappelle plus le nom avait imaginé une société où l’invention d’une drogue empathique rendait la perception de l’Autre tellement forte, qu’il devenait impossible de faire du mal à l’Autre puisque en lui faisant, on ressentait alors ce mal en soi… je trouvais l’idée pas mal du tout.<br /> <br /> Je pense que l’on aurait vraiment besoin de cette drogue dans ce monde…
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C
moui, ça c'est sur que des fois la famille ça aide au blocage ...je ne lis pas de SF ... un jour peut-etre ...<br /> ben écoute, je peux te dire que la souffrance de l'autre est insupportable, mais ce n'est pas le pire, le pire est de ne plus savoir ce qui est à toi, en toi, et ce qui est à l'autre ... le pire c'est ça, ne plus être capable de faire la différence entre les peurs de l'autre, tes peurs, ton intuition, tes envies ... quand tout se mélange et que tu ne peux rien ... je suis sujette au crise de panique et d'angoisse parce qu'à un moment je ne sais plus ... heureusement, je sais toujours qui je suis moi ... <br />  
F
Ouf ! Rentré ,) Bonne nuit Cat ! Gros bisous ,)
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C
Ben alors mon Francky, <br /> c'était si dur ???Bonne journée du lundi mon Francky !!!<br /> Big bisbous
D
Je trouve ton texte très beau et très touchant à plusieurs titres. Le thème de l’Empathie m’a souvent marqué. Tout d’abord parce que j’ai eu personnellement l’occasion d’avoir des expériences très fortes dans ce domaine. J’étais incapable de donner un nom à ces expériences avant de devenir un lecteur avide de Philip K. DICK. Au cours de sa vie, cet écrivain est devenu de plus en plus convaincu que la capacité empathique de l’individu était cela même qui pouvait qualifier le statut d’Humain, et distinguer l’Homme de la Machine (c’est le thème de son livre Blade Runner mais cela ne sent pas trop dans le film). Par extension de son intuition il pensait (et son point de vue m’a énormément influençé), que le message même de la religion chrétienne ; si on revient aux sources du christianisme primitif, était une invitation au partage et à l’expérience empathique. Il expliquait qu'il fallait interpréter le message « aime les autres comme toi-même » dans le sens de « ressens l’Autre comme tu te ressens Toi »… <br /> <br />  <br /> <br /> j'espère que tu ne penseras pas pas avec ce commentaire que je suis un illuminé mais simplement très intéressé par le sens que l’on peut donner à l’Empathie et convaincu de la nécessité qu'il y a à l'expérimenter pour être Humain.<br /> <br />  <br /> <br /> Dick Shaver
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C
Tout d'abord Dick, je te rassure de suite je ne te prends pas pour un illuminé. Je lis avec attention ce que tu écris. Je suis d'accord "aime les autres comme toi même", mais comment faire quand on ne s'aime pas vraiment". Cela m'amène à penser que mon empathie grandit au fur et à mesure que j'apprends à m'aimer. J'ai pensé que c'était depuis que j'avais cassé mes murs entre moi et les autres. Remarque tout ceci est lié. J'ai cassé les murs parce que j'ai confiance en quelqu'un qui m'a donné confiance en moi, et donc qui m'a aidé à m'aimer. C'est peut-être cela alors. Je connais le film Blade Runner, avec Harisson Ford si je ne me trompe.<br /> Depuis que j'ai lu le poème de Paul Eluard, j'ai toujours cette phrase en tête "je suis le jumeau des êtres que j'aime" ... et il y a une personne, qui lorsque j'ai mis en ligne ce poème en juillet, à tout de suite compris qui j'étais ... et depuis nous avons lié une jolie amitié.Dans mon cas, l'empathie est au-delà des gens que j'aime, cela peut être avec des gens que je croise ... mais aussi, le sixième sens (pas le film), mais le sixième sens, l'instinct animal de la catastrophe humaine au sens large ... du petit au grand ...<br /> <br />
C
Cat, je crois que tout le monde ressens de temps en temps l'envie de se retirer dans son propre monde de différentes raisons, l'un se retire littéralement l'autre est capable de le faire entouré des gens en continuant sa vie quotidienne. Je crois aussi qu'on a besoin de se retirer de temps en temps pour mettre l'ordre dans nos têtes, pour pouvoir repartir de nouveau où on était resté ou en prenant une autre route. Chacun à sa manière et chacun en son temps, sans obligations d'extérieur Cat. Je t'embrasse, Caro
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C
le besoin de recul et tout ...Bisous Caro