venez découvrir des mots et des textes...
C'est Pâques, et aussi l'anniversaire de Lisa. On est en 1999. On parle beaucoup du nouveau millénaire qui se profile.
J'avais été opérée d'un kyste au poignet une semaine auparavent. Je n'avais rien dit. A personne. Sur la fiche, quand il a fallu écrire "personne à contacter au cas où" ... j'ai mis un trait. Personne. La colère, c'est quelque chose de terrible. Aujourd'hui, dans cette case, je ne mets toujours rien.
Il y avait tout le monde à la maison. Dans l'après-midi, on est allé à l'hôpital. Je suis restée avec mémère. Ils sont restés cinq minutes et sont partis voir le service de maman. Je n'avais pas revu mémère depuis l'été. On était en avril.
On a regardé un documentaire sur les animaux. Wahoo, une éléphante qui accouche, c'est impressionnant. J'avais eu beau faire en sorte de cacher mon atèle, elle a vu. Pas facile de cacher une atèle. C'est plus volumineux qu'un platre. Je l'avais de la naissance des doigts au coude. Elle a voulu savoir. Ce n'est rien. Tout s'est bien passé, pas de complication.
Je lui ai mis de la crème sur la figure. Du parfum aussi. Je l'ai coiffé. On était juste toutes les deux. Comme ça. Comme si de rien.
Et puis, maman est revenue me chercher. Seule. Elle était seule. Les autres n'avaient pas voulu revenir.
J'ai embrassé ma grand-mère, et elle a commencé à pleurer et à trembler. J'ai eu peur. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J'ai dit qu'il fallait appeler l'infirmière. Maman a dit nan. Je ne savais pas quoi faire. Je la regardais et je ne savais pas. J'avais juste peur.
Je me suis dirigée vers la porte. Je me suis retournée. Ma mère m'avait attrapée le bras. Je la regardais, je continuais de la regarder. Elle me regardait et elle pleurait. Je ne sais pas combien de temps. Je crois que j'ai su à cet instant que c'était fini, que c'était la dernière fois vivante. Maman me tirait par le bras, et je continuais à la regarder et elle me regardait, je suis sûre qu'elle savait aussi.