Je suis fascinée par les arbres. J'aime les arbres. Mais il y a un type d'arbres à un moment bien précis de la journée qui me fascine. Ce sont les arbres dépouillés de leurs feuilles, au moment que j'appelle entre chien et loup, soit quand la nuit commence à tomber, que la lumière du jour se mêle à l'ombre de la nuit naissante.
Il n'y a rien de plus fascinant que ces arbres nus, pleins de ramifications, vierges à l'oeil humain, impudiques même. Il n'y a rien de plus naturel que ces arbres dans toute leur histoire.
Un arbre nu, à la tombée du jour, c'est autant d'histoire à imaginer dans la courbure de ses branches, de ses ramifications. C'est imaginer le vent qui lui a donné cette inclinaison, le soleil qui a favorisé le développement de ses branches plus de ce côté-ci que de ce côté là.
Je ne savais pas pourquoi j'étais fascinée par ces arbres là, ceux là, plus que lorsqu'ils sont couvert de feuillages, vert, rayonnant, ou encore quand leurs feuilles rougissent dans l'automne.
J'aime les arbres à l'automne, parce que les arbres rougissent leur vie des six derniers mois, parce qu'ils vont pouvoir laisser tomber leurs atours pour montrer ce qu'ils ont accompli durant le printemps, durant l'été. J'aime les arbres à l'hiver, parce qu'ils semblent nous dire "regardez moi, je suis nu, je suis vierge de fioriture, je suis moi, entièrement moi, aimez moi comme ça aussi, surtout comme ça, parce que c'est l'essence même de ce que je suis" ...
J'aime les arbres nus parce que ce sont des âmes ...
Etonnant, d'ailleurs, j'ai regardé les arbres nus, je les observe, je suis fascinée, et je n'en ai encore jamais pris en photo dans ce qui me fascine ... parce que je n'avais pas l'apareil pour le faire ... pour saisir l'instant unique de cette harmonie naturelle qui nous hurle à la figure la métaphore de l'humain ...