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Inceste - Anais Nin



Le livre :

Paris, Louveciennes, 1932. Anais Nin, mariée avec Hugh, vit un amour passionnel avec Henry Miller. Celui-ci ayant quitté sa femme pour June, fini par la quitter aussi pour Anais. Elle se partage entre ses amours, ses amants. Sa vie est un tourbillon où finalement le quotidien n'a que peu de place. Elle retrouve son père avec qui elle vit un amour incestueux concrêtisé, en même temps qu'elle entretient d'autres liaisons. Anais n'a jamais un seul amant, elle a des amants. De son amour lesbien non concrétisé avec June, de sa passion pour Miller, de la réelle découverte du véritable amour avec Rank, Anais se cherche, se juge, se dévoile ... elle vit.

Ce que j'en ai pensé :

Il s'agit ici d'un journal. Anais Nin tient un journal depuis l'âge de 12 ans. Au vue des révélations faites dans cette partie du journal, des personnalités impliquées, et de la nature même des relations, il aura fallu attendre que tous les protagonistes ayant traversé la vie d'Anais soient décédés pour que la version non expurgé paraisse.

Elle parle à son journal comme s'il était la seule personne digne de confiance. D'ailleurs, alors qu'elle commence son analyse avec Rank, la première condition imposée par celui-ci sera de se séparer du journal. Mais il est évident que le journal est aussi la survie d'Anais. Le moyen qu'elle a de mettre des mots sur sa vie, ses sentiments. Sa lucidité, ses oppositions, ses paradoxes sont absolument incroyables. Il m'aura fallu un mois pour lire ce bout de journal. J'ai même, à un moment, pensé en arrêter la lecture tant certaines choses me renvoyaient à ma propre histoire, à mes propres tourments. J'ai donc fait des pauses, pour pouvoir aller au bout, et ne pas abandonner cette lecture.
Ce qui m'aura frappée, avant toute chose, c'est l'incroyable modernité de cette femme. J'ai adoré le fait qu'elle ne parle jamais de ce que les gens pensent d'elle. Elle se juge, se jauge, se cherche, s'explore. Elle donne tout ce que les gens attendent d'elle. Elle perd ses désirs dans les désirs des autres.
A aucun moment, je n'ai pensé de cette femme que c'était une "salope" ... non jamais ... je n'ai même pas pensé finalement qu'elle trompait ses amants, son mari, son père, parce qu'à chacun elle donne une partie d'elle qu'elle ne donne pas aux autres. Avec chacun elle donne ce que ce dernier attend d'elle. Ce qui est trite, c'est de voir qu'elle se fond dans l'attente de l'autre, croyant à chaque fois, même une fraction de seconde, que ce que l'autre attend, c'est aussi ce qu'elle veut. Mais très vite sa lucidité reprend le pas, et ce n'est pas pour autant qu'elle parvient à se défaire de ses amants. Elle ne veut faire de mal à personne, rend chacun unique. Elle est consciente de ses mensonges, de mentir à chacun quand on lui pose des questions, pour ne froisser personne. Elle les maintient dans l'amour qu'elle leur porte.
Dans cette partie de son journal, trois histoires ressortent évidemment. Son amour passionnel pour Miller qui finit par se consommer quand elle se rend compte à quel point celui-ci ne l'aime que parce qu'elle le valorise. Pourtant, malgré son désir de se soustraire à lui, elle n'y parvient pas ... elle ne parvient pas à faire des choix, elle se donne, je n'oserais pas dire par exprit de sacrifice, mais quand même. Comme elle a la lucidité de le dire, elle va vers des hommes qui ont besoin d'elle, qu'elle materne. D'ailleurs lorsqu'elle tombe enceinte de Miller, au moment où elle entame une nouvelle liaison avec rank, elle le souligne très lucidement ... elle a déjà ses amants qui sont eux même des enfants, elle a aussi besoin d'être maternée, et ne peut pas devenir mère à son tour. Elle sait qu'elle éprouverait de la jalousie pour ce petit bout d'humain qui lui "volerait" l'attention qu'on lui doit.  Elle sait qu'elle ne pourrait donner à l'enfant ce qu'il réclame, ce qui est nécessaire. Et pourtant, après l'avortement (à six mois), on sent la tristesse qui pointe, de ne pas avoir pu être ça aussi, une mère. Courageux choix de sa part, je trouve, d'avoir préféré souffrir l'avortement plutot que de mettre un enfant au monde qu'elle n'aurait pas aimé comme elle aurait imaginé aimer un enfant.
Sa liaison incestueuse avec son père m'a troublée. Non pas l'acte en lui-même, mais plutot la façon dont elle en parle. Ce sera la seule liaison dont elle évoquera avec autant de sensualité et d'érotisme, la première nuit. Comme si cette "aventure" avec son père l'avait rendu femme, l'avait libérée de l'abandon paternel. Elle mettra un terme à cette relation, le jour où elle se rendra compte que c'était un bonheur fugace, comme une étape nécessaire à son évolution.
Enfin, la troisième aventure importante de ce livre, c'est avec Rank. L'amour qu'il lui porte n'est en rien pareil à l'amour que lui porte ses autres amants. Elle se retient avec lui, elle lui donne son corps mais pas son âme. Elle la garde pour Miller à qui elle pense devoir cet amour absolu. Et pourtant, l'attention de Rank, sa gentillesse, son amour pour Anais fera qu'elle s'abandonnera à lui, totalement, pour enfin rencontrer l'amour rêvé. Cet amour étant comme les autres un amour contrarié, Rank étant marié.
Au fil de la lecture, j'ai pensé que même si elle était incroyablement moderne, incroyablement lucide, incroyablement vivante ... Anais restait une petite fille. Ses peurs l'empêchent de vivre, en ce sens, qu'elle ne veut rien abandonner. Alors qu'elle connaît enfin l'amour dont elle rêvait avec Rank, elle s'installe pourtant avec Miller, avec qui elle ne connaît plus que de fugaces moments de plaisir et de joie.

Quand j'ai eu fini ma lecture, je me suis dit, j'ai bien raison de ne pas me construire de nouvelles barrières, les autres en construisent de bien grandes pour moi. D'autant que je n'ai pas encore fini d'abattre les miennes. Et une fois plus, de conclure que souvent nos peurs sont ce qui nous empêchent d'avancer. Mais un pas par un pas, on finit par avancer si on le veut vraiment.
J'en suis aussi arrivée à une autre conclusion. La lucidité que l'on porte sur notre vie, n'empêche en rien que l'on continue de faire nos erreurs. Anais sait l'égoïsme de Miller, elle sait qu'il ne lui apporte pas le bonheur espéré, et pourtant elle ne peut se défaire de lui. Elle se débat entre son mari qui lui apporte une situation financière nécessaire, un Miller, qui au final, je me demande ce qu'il lui apporte ... si ce n'est qu'au départ il l'a poussé dans son écriture ... ses amants qui ne sont là que pour l'aider à se défaire un peu plus de la petite fille qu'elle reste, pour devenir une femme ...

Je ne lirais rien sur Anais Nin, je préfère la lire, elle, ce qu'elle dit, comment elle se raconte.


Les citations seront dans le prochain article.
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S
... et c'est marrant parce que je suis en train de lire du Henry Miller et d'en faire un article... et en parcourant sa bio et voyant le nom d'Anais Nin, je viens de faire le rapprochement :-)<br /> <br /> SysT
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S
je viens de m'offrir la correspondance passionnée entre miller et nin ...fais moi signe quand tu auras lu miller, j'ai un bouquin en attente d'être lu ...bisous
S
Hello Cat!Cette lecture semble passionnante et tu en as fait une analyse intéressante, même si je ne l'ai pas lu...De plus, le fait que cela réveille des souvenirs personnels est également très touchant...A+SysT
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C
salut Systool :D
E
Bonjour Anaïs Nin fut sans doute celle qui m'inspira le plus et me poussa à écrire mes plus beaux textes érotiques. Un ami journaliste me dit qe mes textes lui ressemblaient; Je pris cela pour un compliment. je n'ai jamais cessé d'écrire depuis 6ans... Erotica51 http://www.erotica51.com
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C
je n'ai découvert anais que très récemment ... j'écrivais déjà avant cette rencontre ...
S
Un problème avec la forme journal de la littérature... mais je tâcherai d'y jeter un oeil, promis ! Bon week-end Cat
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C
oui mais ce n'est pas un journal comme j'ai pu en lire. Moi aussi j'ai eu un peu peur et en fait ... ce fut un réel plaisir de le lire ;)
J
Ton article cerne avec justesse les questions auxquelles cette femme a dû faire face. Et la plus importante est qu'on ne sait jamais ce que l'autre recherche, retient, attend de nous. Comme il est difficile de démêler l'écheveau de nos propres attirances. La force (je n'aime pas ce mot, au sens où je ne sais pas ce que signifie une "personne forte") d'Anaïs Nin est de ne pas s'être arrêtée à la morale sociale, pas plus que de s'être enfermée dans une culpabilité. Elle a conjugué l'amour à tous les "modes" et à tous les "temps". Je te conseille aussi la lecture de son Journal des années 40/50 (Tome 5 et 6 en poche)
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C
oui, je souhaite en lire plus de ses journaux, mais ... ce fut presque comme un choc pour moi cette lecture ... tu le sais bien ...j'admire sa "modernité", sa lucidité ... cette femme m'a beaucoup touchée ... mais maintenant est de savoir si je vais faire comme pour tout ce que j'admire ... préserver cette admiration en ne pas voulant en savoir trop pour ne rien pervertir ...bisous