J'achète rarement ce genre de magazines, mais bon, de temps en temps ... voilà j'ai acheté Jasmin, un hebdo féminin, et j'y ai trouvé une réflexion en guise d'éditorial, qui m'a donné envie de la partager avec vous ... savoir ce que vous en pensiez ...
"De l'impudence, de l'imprudence" de Philippe Besson, auteur de Se résoudre aux adieux, édition Julliard.
"Ce n'est pas pour dire du mal, mais elle est gentille." La vraie méchanceté se dissimule souvent sous l'allure bonasse du faux compliment. La véritable cruauté s'exprime dans un sourire fabriqué ou une tirade hypocrite. On ne se lance plus d'injures au visage ni de gants sur la joue (du reste, il serait propablement stupide de mourir pour une parole caustique, surtout quand il s'agit d'un bon mot). Non, on s'agresse avec une feinte décontraction, on distille son venin dans la coupe de champagne qu'on tend à son meilleur ennemi, on use de médisance en protestant de sa bonne foi, on pratique l'amorti plutôt que le coup droit. Les hargneux sont désobligeants avec élégance. Le fiel a un goût de miel. On fait passer une malignité blessante pour de la malice innocente, comme des vessies pour des lanternes. Dans Paris, dans certaines professions, c'est un sport, une ascèse. On en viendrait presque à regretter le temps des confrontations directes, des engueulades frontales, des crêpages de chignon. Oui, si l'on y songe, ce n'était pas si mal d'énoncer sans détour et sans artifices ses quatre vérités à une personne qu'on n'appréciait guère, au risque de la perdre, ou de se prendre une giffle. Il y avait un peu de franchise, un peu de panache, un peu de courage dans ces joutes explicatives ou ces règlements de compte. Au fond, les méchants en gants blancs sont lâches . Insipides.
Et avez-vous remarquez qu'il est tout aussi difficile de dire des choses gentilles et tendres à celles et ceux qu'on aime ? On paraît encombré par la pudeur, par les codes, les habitudes. Pas question de se répandre, ou de se mettre en danger. On préfère les non-dits aux aveux enflammés, les phrases inabouties aux déballages intimes, les hésitations aux déclarations d'amour, les circonvolutions aux franches étreintes. Résultat : on est corsetés, jamais contents, prisonniers d'un rôle. Moi, devant vous, j'ai envie de croire aux vertus de la sincérité, de la netteté, de l'aplomb.Je sais, je suis salement naïf. Limite ringard. Totalement hors sujet. Franchement ridicule. Autant vous dire : je l'assume. Mieux : je le revendique.
Merci à Philippe Besson pour ce texte.