venez découvrir des mots et des textes...
Les éléments avaient repris leur place. Les habitudes aussi. Le téléphone une fois par semaine. La radiothérapie rythmait leur semaine à eux. Je me demandais comment j'avais pu faire autant de bêtises en une année, comment j'allais me sortir de tout ça. Personne à qui en parler. Pas question de lui en parler à elle. De toute façon, elle savait, j'avais pas besoin de dire.
Novembre est arrivé, et un coup de fil de maman. Un coup de fil de maman, cela est toujours surprenant. Un coup de fil de maman en plein après-midi, c'est plus que surprenant, c'est inquiétant.
Elle était malade. Fibrome, polype. J'ai de nouveau pensé cancer. J'ai pensé à Lisa qui était encore très petite. J'ai posé des questions. Qu'en pensent les médecins ? Qu'ont-ils proposé ?
J'ai raccroché, et j'ai regardé dans le dictionnaire.
Le lendemain re-coup de téléphone. La solution, pour moi c'était clair. Même pas la peine de discuter. Je ne comprenais pas qu'elle ne veuille pas enlever la source du problème une bonne fois pour toute. Et puis, j'ai compris qu'elle en rajoutait. Alors je me suis agacée, comme je le fais, comme je sais le faire, quand on m'appelle juste pour se faire plaindre. Je me suis agacée, et elle n'a pas rappelé, elle n'a pas reparlé du problème. Parce que le problème n'était pas si grave.
Décembre est arrivé, Noël avec. Le mot n'était toujours pas dit. Tout le monde faisait comme si tout était fini, on était passé à autre chose.
Je suis allée les voir. J'ai lavé la tête de ma grand-mère. Je touchais la cicatrice sur le crâne. Le crâne lisse, de ce côté là. J'avais juste peur de faire du mal. Je n'étais pas dégoûtée, je trouvais que c'était beau, bien fait. J'étais surprise de voir que les cheveux qui commençaient à repousser étaient bruns, même noirs. J'avais toujours vu ma grand-mère avec des cheveux blancs.
Le 24 décembre. On va en ville avec maman et Lisa. Les derniers achats pour le cadeau en plus. On ne sait pas pour qui, mais il faut toujours un cadeau en plus. Lisa rêvait d'un landeau, mais elle était trop grande par la taille, alors pas facile de lui expliquer. Je crois que Lisa n'a jamais cru au Père Noël. On en trouve un à sa taille. Alors, on biaise. Pas facile d'acheter un cadeau de cette ampleur quand on est avec la gamine en question. Hop, je l'attrape par la main, et je lui dit on va acheter le cadeau pour pépère et mémère pendant que maman cherche pour Maryline. Elle était toute contente. A des lieux de penser qu'en fait elle allait avoir ce qu'elle voulait. Maman nous rejoint avec le très gros paquet. Et la gamine qui regarde le paquet, les yeux ouverts de gourmandise, d'envie. Qui veut savoir, c'est quoi, et c'est pour qui. Ben tiens, c'est pour Maryline le cadeau, tu sais bien. Mais on va faire un truc. Quand on ouvrira les cadeaux à minuit, et bien, c'est toi qui ouvrira le cadeau et Maryline, elle fera une drôle de tête. La gamine, elle était toute contente à l'idée de la joke, elle arrêtait pas d'en parler.