Le livre :
Cette pièce de théâtre se déroule le soir où Anna, la fille de Freud fut emmenée par la gestapo. Freud se trouve alors confronté au choix de signer son renoncement à ses biens pour pouvoir quitter l'Autriche. Il fait aussi la rencontre d'un inconnu, qui n'est autre que Dieu. Entre la discussion entre Freud, le juif athée, et le nazi ... et celle entre Freud et Dieu ... une ébauche de philosophie ?
Ce que j'en ai pensé :
J'ai été déçue. Le sujet me semblait intéressant mais j'ai trouvé que l'auteur était tombé dans la facilité ... c'est quoi ce Dieu qui prétend avoir créé les hommes libres, du bien et du mal ... alors que toute la religion chrétienne (et les autres religions aussi d'ailleurs) impose des règles ... la liberté c'est bien de choisir ses propres règles et ne pas se les laisser imposer ...
Finalement, un Dieu comme celui de Schmitt, je n'en vois pas l'utilité, et cela correspond à ce que je pense, croire en Dieu ne sert à rien ... puisqu'il ne fait rien ... s'il nous a juste créé, pourquoi tant en parler ... je veux dire que, si Dieu était à la figure du père idéalisé, cela ne sert à rien. Je ne veux pas aimer mes parents parce qu'ils m'ont mise au monde et se sont dégagés de cette responsabilité. Certes je suis libre d'eux, mais avant d'être libre d'eux, j'aurais peut-être eu besoin d'être guidé, plutot que d'être livrée à moi même ... et même en étant libre d'eux, j'aurais sûrement besoin de savoir que si j'avais besoin de soutien et de réconfort, je sais qu'ils seront toujours là pour moi ... ce n'est pas le cas ... je sais que je ne dois rien attendre d'eux, et il y a longtemps que je n'attends plus rien d'eux ... tout attente et espoir seraient vain ... et je n'ai pas besoin d'espérer dans le vide ... et le Dieu de Schmitt est un Dieu comme cela ... un Dieu que l' on devrait remercier de nous avoir créer par amour, de nous laisser libre, mais sous certaines conditions, et d'accepter qu'il souffre de ce que nous faisons de notre liberté ... alors j'en conclus que le Dieu de Schmitt est un très mauvais père ... et que j'ai raison d'avoir choisi de ne pas croire en ce père là ... d'autant plus que, si personne n'a pu prouver qu'il n'existe pas, personne n'a prouvé qu'il existe ... donc, c'est un point du sujet qui m'a déçue, j'ai trouvé cela et facile, et superficiel ...
Ensuite, par contre (et oui, tout ne peut être négatif) ... j'ai bien apprécié l'affrontement entre Freud et le nazi. Il le met face à lui-même ... lui montre combien son raisonnement est petit et facile, combien il se déresponsabilise de sa propre vie en rejetant sur les autres ...
Donc, en fait, une chose d'intéressante dans ce livre ... sa propre responsabilité dans ses choix et dans sa vie. On en revient donc toujours au même ... je suis responsable de ma vie, dans la mesure où, si je ne puis être totalement responsable des choses qui arrivent (pour cause de nombreux paramètres qui entrent en ligne de jeu ... voui voui, ce qui doit être sera, je continue de le penser, et chaque jour me le prouve ...) ... mais je suis complètement responsable de la façon dont je choisis de voir ma vie, de l'affronter ...
Donc, je suis quand même un peu déçue (beaucoup) par le manque de profondeur, et la superficialité ... le débat de la responsabilité de Dieu, puisqu'il l'aborde, il aurait dû le fouiller ...
Citations :
- Freud :Tu es restée une petite fille. Les enfants sont spontanément philosophes : ils posent des questions.
Anna : Et les adultes ?
Freud : Les adultes osnt spontanément idiots : ils répondent.
- Chaque carreau révélait un monde ; il n'y a que pour les adultes ques les carreaux constituent platement un sol ; pour un enfant, chaque carreau a sa physionomie particulière. Celui-ci, dans le relief des ses irrégularités et la variation de ses coulées, racontait l'histoire d'un dragon qui se tenait, la gueule ouverte, au fond d'une grotte ; un autre montrait une procession de pélerins ; un aure un visage derrière une vitre tachée de boue, un autre ... La cuisine était un monde immense où venaient affleurer d'autres mondes, montant d'ailleurs, par les yeux borgnes des carreaux.
Et puis soudain, j'ai appelé. Je ne sais pourquoi. Peut-être pour m'entendre exister, et pour voir arriver quelqu'un. J'ai appelé. Il n'y eut que le silence.
- La nazi : C'est simple, ça m'a toujours fait ça. Quand je me trouve moche, minable, quand je me dis que je n'ai pas d'argent et que ça ne s'arrangera pas demain, quand je me dis qu'aucune femme ne voudra plus de moi, il suffit que je me retourne, ça ne râte jamais : il y a un juif qui me regarde. Le juif me rend merdeux. C'est à cause de lui, toujours. Tiens, là, en ce moment, quand je suis chez vous, et que je vois tous ces meubles, ces tableaux, ces tentures, ce bureau, tous ces livres, moi qui n'en ai pas lus, j'ai les boules dans la gorge : je sais que je suis chez un juif.
Freud : C'est étrange : moi, lorsque je me trouve médiocre, je ne m'en prends qu'à moi-même.
- Freud : oui vous avez raison de chasser le juif. Il faut choisir son camp ! Et les exterminer ! Tous ! Car ce qui rend les juifs dangereux, c'est qu'on n'est jamais sûr de ne pas en être un !
- L'inconnu : Non s'il vous plait.
Freud : Et vous les laissez faire !
L'inconnu : J'ai fait l'homme libre.
Freud : Libre pour le mal !
L'inconnu (l'empêchant de passer, malgré les cris qui s'amplifient) : Libre pour le bien comme pour le mal, sinon la liberté n'est rien.
Freud : Donc vous n'êtes pas responsable ?
- L'inconnu : Pour la raison qui fait rire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait ... par amour.
Il regarde Freud qui semble mal à l'aise.
Tu baisses les yeux, mon Freud, tu ne veux pas de ça, hein, toi, un Dieu qui aime ? Tu préfères un Dieu qui gronde, les sourcils vengeurs, le front plissé, la foudre entre les mains ? Vous préférez tous ça, les hommes, un Père terrible, au lieu d'un Père qui aime ...
Il s'approche de Freud qui est assis, et s'agenouille devant lui.
Et pourquoi vous aurais-je fait si ce n'était par amour ? Mais vous n'en voulez pas, de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d'un Dieu qui pleure ... qui souffre ... (tendrement). Oh, oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne mais pas un Dieu qui s'agenouille ...