Dossier réalisé par Elisa JEANNE.
Quelles ressources pour cicatriser nos plaies ?
"Ce qui me semble le plus important, ce n'est pas le pardon, mais la possibilité pour chacun d'accéder à l'histoire de nos parents pour enfin savoir tout ce que l'on a besoin de savoir et vivre avec notre histoire familiale. S'affranchir de nos parents en quelque sorte et vivre notre propre vie. Pour ma part, j'ai fait un long travail psychanalytique, qui a été très enrichissant et, surtout, j'ai voulu faire cette psychanalyse avant d'avoir des enfants pour ne pas leur transmettre un lourd héritage", témoigne une anonyme sur un des forums internet de l'émission Les Maternelles diffusée sur France 5. Connaître son histoire permet de modifier les effets que celle-ci a sur notre moi. Autrement dit, il est envisageable de nous réparer, d'apprendre à vivre avec notre passé ou nos problèmes présents, voire d'enf aire un point fort pour notre présent et notre futur. Entamer une thérapie mène sur ce chemin, en donne la force. Une telle démarche nous aidera à dénouer les fils de la pelote, à gagner en autonomie et, au final, à naître à notre propre histoire.
"L'objectif n'est pas d'éviter la souffrance familiale - souvent, on ne le peut pas - mais de donner aux enfants les moyens d'en faire quelque chose de positif, de pouvoir la surmonter et de ne pas être blessé durablement" poursuit Daniel Marcelli. Comment ? "Premièrement, en reconnaissant que chaque individu a le droit de souffrir pour lui-même : un enfant n'est pas désagréable uniquement pour embêter son monde, il peut également l'être parce qu'il est angoissé. Deuxièmement, en évitant d'en rajouter : en ne prenant pas l'enfant comme pomme de discorde dans des histoires de divorce, par exemple. Troisièmement, en ne voulant pas que les enfants ne souffrent pas de ce que font les adultes : quand il y a des tensions, des violences morales ou physiques dans un couple, les enfants ressentent nécessairement une souffrance. On ne peut pas en faire l'économie." En revanche, on peut leur donner les moyens de traverser sans trop d'encombre un événement néfaste. En leur offrant une "main tendue", c'est-à-dire en leur permettant "d'avoir un tiers (un proche, un voisin, un éducateur ...) neutre (qui ne soit pas obligé de prendre partie pour l'un ou l'autre des deux parents) auquel il puisse se confier". Autrement dit, un "tuteur de résilience", qui va l'aider à maintenir une bonne estime de lui-même (lui faire prendre conscience de sa valeur), lui transmettre un sentiment de sécurité, le déculpabiliser ... et l'amener vers d'autres horizons. Ceux de la paix avec soi et avec les siens.
Questions à Maryse Vaillant, psychologue.
Avoir mal à sa famille, est-ce fatal ?
Personne ne choisit consciemment d'être malheureux. En revanche, il existe des choix inconscients. Le malheur ou la maladie créent des bénéfices secondaires : ils peuvent donner une identité, permettre que l'on s'intéresse à vous. On se construit alors dans la souffrance et, souvent, on va reproduire une ambiance familiale délétère, alors que l'on en a souffert, avec ce sentiment que, de toute façon, on est maudit, que c'est comme ça.
Comment renverser la vapeur ?
Le premier processus correspond à un temps psychique, celui des réquisitoires. Il faut accepter de reconnaître avoir souffert, d'avoir des reproches à faire aux siens. Puis vient le temps des inventaires. Là, non seulement on se souvient de ce qui a été moche, mais aussi de ce qui a été sympa, des bons moments. Cela peut-être très dur, mais il faut en être capable pour survivre aux souffrances familiales et pour passer ensuite à la réparation psychique. Dans ce dernier temps, essentiel, il s'agit d'être actif et de se demander : "Et maintenant, moi, qu'est-ce que je fais de tout ça ? Qu'est-ce que je fais de ma vie ?
Peut-on accomplir cette démarche seul(e) ou convient-il de se faire aider ?
Il faut être aidé par un travail psychique et il n'est jamais trop tard pour en entamer un. Sinon, on peut continuer à se cogner contre les murs, avec le sentiment d'être une victime impuissante. Mais attention : la psychanalyse ne fera pas le travail à votre place. Il faut, de toute façon, prendre sa vie en main. On ne se guérit bien qu'à partir du moment où l'on change son rapport à la vie, où l'on crée, où l'on s'ouvre aux autres. Cela permet de s'aimer mieux.